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Antigone
et
La bonne conscience

Ce texte n'est pas libre de droits. Une édition papier a donné lieu à un dépôt légal. Si vous exploitez ce texte dans le cadre d'un spectacle vous devez obligatoirement faire le nécessaire pour obtenir l'autorisation de jouer soit de l'auteur directement, soit de l'organisme qui gère ses droits ( la SACD). La Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques peut faire interdire la représentation le soir même si l'autorisation de jouer n'a pas été obtenue par la troupe. Le réseau national des représentants de la SACD (et leurs homologues à l'étranger) veille au respect des droits des auteurs et vérifie que les autorisations ont été obtenues, même a posteriori. Ceci n'est pas une recommandation, mais une obligation, y compris pour les troupes amateurs. Cette pièce peut bénéficier de l'aide au montage.

Introduction

Voici deux écrits pour un même univers, celui du théâtre. Le premier, Antigone est une tragédie en vers classiques. Les héros sont transposés de quelques siècles. Ce n’est pas à Thèbes qu’Antigone affronte Créon mais à La Rochelle, durant le siège de la ville, qu’elle se mesure au Cardinal de Richelieu. L’intrigue et l’histoire restent cependant les mêmes. Bien qu’elle fût l’objet d’un débat public Antigone n’a pas encore été jouée.

 

ANTIGONE
Avant-scène

Octobre 1628, le siège de La Rochelle touche à sa fin. Guiton a été élu maire de la ville le 30 avril ; le 24 mai il a fait expulser "les bouches inutiles". Vieillards, femmes et enfants iront mourir en grand nombre entre les murs de la ville et les lignes de l'armée royale qui les repousse. De son côté, Richelieu laissera la vie sauve et la liberté de culte aux survivants mais, pour l'instant, il fait pendre les déserteurs rochelais. Quelques contacts sont encore conservés, des agents du Cardinal et du Père Joseph (le "mentor" de Richelieu) sont en communication avec la ville assiégée. Après une dernière attaque, qui a échoué, le 4 octobre, Lord Lindsey et sa flotte regagnent l'Angleterre ; les rochelais ont perdu tout espoir. Le 28, les députés de la ville se présentent à Richelieu qui demeure au Château de la Sauzaie pour une reddition sans condition.

La Rochelle n'est pas Thèbes, Richelieu n'est pas Créon : vingt siècles et trois mille kilomètres les séparent, et pourtant, Antigone demeure l'énigme d'Antigone. Dans cette tragédie qui introduit la fiction dans l'histoire, les héros ne portent pas le même nom. Antigone et Ismène ne sont jamais citées nominativement, ces prénoms ne se portaient certainement pas ou peu au XVII° siècle. Hémon devient le Capitaine de l'Hémon, jeune et brillant officier, un des nombreux filleuls du Cardinal, et sur lequel celui-ci exerce une bienveillance particulière.
Cette année là le Père Joseph avait 51 ans, Richelieu 43. Comme Créon, en un seul jour, le Cardinal perdra ce qui lui est le plus cher, sacrifiant ses propres intérêts à ce qu'il pense être son devoir, mais qui n'est peut-être que l'éveil de son orgueil face à la fierté rebelle d'Antigone…

Écrire une tragédie en vers à l'heure de l'Internet relève de l'inconscience ou de la provocation. Si j'ai essayé de conserver un style d'écriture classique la règle de l'alternance des rimes n'est pas respectée ; ceci afin d'obtenir un dialogue plus vivant, moins figé, si toutefois c'est possible dans un travail de versification pour un sujet tragique. Je me suis servi pour la partie "historique", entre autres, de l'excellente biographie de M. Michel Carmona, "Richelieu" (éd. Fayard).

Un extrait du texte...

ACTE IV

Scène I Le Cardinal - Antigone

Le Cardinal

(Il marche de long en large en regardant Antigone.)

T'entêtes-tu toujours à ne rien renier ?
Pas un remords, jamais, ne sort de ton carnier ?
Tu veux garder pour toi le devoir et l'honneur,
Ton orgueil, je le vois, domine sur ta peur.                                        1010
La mort ne t'effraie pas ? Tu es d'un noble sang !
Tu viens de le montrer en bravant les puissants.
Tu as pour toi l'ardeur et le goût de l'exploit,
Qui sait, si à vingt ans j'eusse agi comme toi ?
Ton geste fraternel et plein de compassion
Appelle mon respect et mon admiration ;
La pudeur le voulut sans aucun entourage
Sans un témoin, aussi, je salue ton courage,
Ce que tu as fait là, pour ma part je l'admire,
Mais le chef que je suis ne peut pas y souscrire.                                1020
Si hautes qu'elles soient, les plus grandes vertus
À la raison d'État doivent payer tribut.
La jeunesse, vois-tu, est une maladie
Dont le temps, chaque jour, un peu plus nous guérit.
On veut lui résister, on essaie de tricher,
Mais du vieux chirurgien on subit sans broncher
Le bistouri tranchant qui distribue les rides
Et change un cœur vaillant en un désert aride.
Peu de gens, il est vrai, ont comme toi le choix,
Et le destin, toujours, sur leur personne échoit.                                   1030
Cette grande faveur que le Ciel te destine
Peux-tu la mesurer si en vain tu t'obstines ?
Un avenir serein attend entre tes mains :
Aujourd'hui tu choisis… tu subiras demain !
Ôte de sur ton cœur le rideau de l'orgueil
Il aveugle tes yeux et te mène au cercueil ;
Tu appelles la mort quand la vie te sourit,
Ce n'est plus de l'orgueil, c'est de la veulerie !
Te rends-tu compte, enfin, qu'en te laissant le choix
Je faillis au devoir en usant de mes droits ?                                         1040
Avoue avec regret ton action criminelle,
Implore mon pardon, ma pitié paternelle.
Je t'offre ce pardon ! Je fais le premier pas.
Montre ton repentir au garant de l'État.
Je fermerai les yeux et tu seras absoute
Vers un bonheur promis tu reprendras ta route...
Que te dire de plus ? Je sais être clément ;
Je sais punir aussi et plus que durement !
Ton bonheur est à toi, à toi de le saisir ;
Si mes mots sonnent doux ne les fait pas durcir.                                1050
Autant je peux flatter, sourire et pardonner,
D'un geste libéral le pardon te donner ;
Autant, je peux d'un coup, trancher le nœud promis
Et devenir soudain l'implacable ennemi.
(silence) Tu ne diras donc rien ? Tu ne fais aucun geste ?
Tu te veux un destin qui soit des plus funestes ?
Renonces-tu à tout ? À la vie ? À l'amour ?
Au mariage voulu, promis dans quelques jours ?
Renonces-tu vraiment à ce grand Capitaine
Que tu dois épouser dans moins de trois semaines ?                          1060
(silence) Aux douceurs du foyer tu choisis la prison !
As-tu perdu les sens ? Perds-tu donc la raison ?
(Silence) Bien ! Tu l'auras voulu...
(Il se dirige vers la porte.)

Antigone

                                               Je ne regrette rien.
Chacun a pour devoir de rendre honneur aux siens !

Le Cardinal (en revenant)

Ce devoir, tu l'as fait ! Maintenant il te faut
Par un vrai repentir éviter l'échafaud...

Antigone (avec défi)

S'il fallait de nouveau ensevelir ce corps,
Sans remords ni regrets, je le ferais encor !

Le Cardinal (la toisant)

Quel étrange désir et quelle force obscure
Te poussent vers la mort et sa froide morsure ?                                  1070
Je t'offre le pardon, le bonheur et la vie
Contre un mot de regret...

Antigone
                                  Quand l'honneur est ravi
Vivre n'a plus d'attrait. Mieux vaut mourir debout
Emportant son honneur que de vivre à genoux !

Le Cardinal

Quel soldat tu ferais ! Mais, tu n'en es pas un...
Quant à l'honneur, vois-tu, c'est un lieu trop commun :
Parole galvaudée et souvent mal comprise…
Sur ton devoir, tantôt, tu t'es déjà méprise,
À présent, sur l'honneur tu te trompes à nouveau,
Car ton malade orgueil s'en est fait le prévôt !                                    1080
Ton devoir ? Le premier, fut d'enterrer ce corps ;
C'est une saine action d'ensevelir les morts.
Ton devoir, le second... Mais, y as-tu songé ?
Le devoir cesse-t-il lorsque l'on est vengé ?
N'as-tu pas une sœur, n'as-tu pas une tante
Qui réclament après toi de façon insistante ?
N'as-tu pas un amant auquel tu es promise
Et auquel tu te dois toute entière soumise ?
Est-il de ton "devoir" de le laisser tout seul ?
Doit-il te dévêtir ou fermer ton linceul ?                                             1090
Peux-tu punir enfin, tous ceux qui t'ont chérie,
Tous ceux qui t'ont aimée, tous ceux qui t'ont nourrie ?
Voilà bien un "devoir" que tu as oublié !
Ce n'est que le second auquel tu es liée ;
Car le troisième, enfin, c'est le plus important,
Ne doit rien à l'hymen à la chair ou au sang,
Il concerne le Ciel, il concerne ton âme :
En choisissant la mort, c'est Dieu qui te condamne !
Pas un humain ne peut, aussi puissant soit-il,
Décider de sa vie en lui ôtant le fil...                                                   1100
Libre à toi de choisir le malheur et l'enfer,
Des outils du bourreau, va-t-en goûter le fer,
Mais songe un peu aux tiens, à ceux qui t'ont aimée…
Les larmes d'un amant ne tarissent jamais,
Les larmes d'une sœur, sans arrêt recommencent
Quand un cœur maternel sombre dans la démence !
Tu as fais ton devoir ? Continue à le faire,
Remplis-le jusqu'au bout : c'est un mal nécessaire !
(entrée de M. de La Sauzaie) .....

 

 

La bonne conscience
(Veau de ville Métaphysique en deux actes avec deux pieds et deux mains)

Cette pièce a été jouée le 08 juin 2006
lors du premier Festival International Francophone Estudiantin à Dniepropetrovsk -Ukraine-

http://dfst.donntu.org/fr/vie/theatre.htm

Elle a été
reprise le 22 janvier 2010 au profit d'une association caritative de Calais.

Personnages par ordre d'entrée en scène et distribution pour la représentation du 08 juin 2006 :
Dominique : André VASSUTINSKY
La Conscience :
Vassilina DOMNINA
L'Inconscient :
Anastassia MALACHENKOVA
Le Temps :
Artiom KLIONOV
La Mort :
Hélène SIDOROVA
Un Monsieur :
Bogdan KHLISTOUNOV

J’ai écrit La Bonne conscience sur une table de café un après-midi pluvieux dans le but de me divertir, sans aucune pensée de la voir un jour en scène. Elle a été jouée à deux reprises. La première fois par une troupe qui n’a jusqu’à présent monté que des « majors » du théâtre !
Cette farce théâtrale peut évidemment être adaptée et modifiée dans son écriture et sa durée en fonction des besoins de la scène et du spectacle.

(Extrait, fin de l'acte II)

...Conscience

De toutes façons, son problème ce n’est pas sa tante, c’est sa mère.

Dominique (méditatif)

Oui, elle est très possessive, elle nous possédera tous... Nous mourrons tous.

Conscience

Mais je parlais de sa vraie mère ! Cesse de jouer.  La comédie est finie ! (Au public) Vraiment, j’ai parfois l’impression de remonter le temps vu que le contraire semble impossible...(à Dominique) Bon, c’est pas tout, il faudrait peut-être songer à rentrer.

Dominique

Qu’est-ce qu’on mange ?

Conscience

J’ai sorti deux steaks du congel avant de partir, on les fera avec des pâtes.

Dominique

Encore des pâtes !
(des coulisses, publicité célèbre pour une marque de pâtes)

Conscience

Tu as les clés de la voiture ?

Dominique

Ah non, c’est toi qui les as ! Tu conduisais en venant !

Conscience

Mais non, rappelle-toi, tu m’as déposée devant la porte du théâtre et  tu es  allé te garer au parking ! Quelle galère d’ailleurs ce théâtre pour se garer, un parking introuvable, des rues étroites... (au public)  Vous avez pu vous garer facilement vous ?

Dominique (ironique au public)

C’est pour ça que c’est moi qui suis allé ranger la voiture !

Conscience (érotico-provocatrice)

C’est ça, t’as plus qu’à nous la jouer macho de province : les femmes conduisent mal et ne savent pas faire un créneau ! Alors Monsieur va ranger la voiture. Monsieur se débrouille toujours pour trouver un bistrot entre le parking paumé et le théâtre, Monsieur s’avale deux ou trois blancs secs et  oublie son texte ! Monsieur se fait casser les contrats et râle quand on lui annonce qu’il n’y a que des pâtes pour le dîner (re-publicité des coulisses).

Dominique et Conscience (en chœur)

Merde !

Dominique

Bon écoute, j’ai pas envie de m’engueuler en public alors ta scène d’hystérie tu te la gardes. Ce qui m’intéresse c’est les clefs de la voiture. Car je suis peut-être un gros con de macho de province qui picole mais je sais ce que je fais. Les clefs c’est toi qui les as. Souviens-toi, quand je suis revenu du parking, tu discutais avec le concierge et je te les ai glissées dans ton sac à main, regarde, elles doivent encore y être.
(Elle sort par la porte de droite, Dominique s’adresse au public)
Enfin quoi, j’ai l’air macho ?
(Un temps) Aujourd’hui avec les gonzesses on peut plus rien dire ! Parce que mine de rien, nous les mecs aujourd’hui on est les gros baisés dans cette affaire....(Retour de Conscience)

Conscience (Soumise, elle s’agenouille devant Dominique)

Tu as raison, excuse-moi, les voilà. (Elle montre un trousseau.) Je demande pardon. (Elle sort un martinet de son sac et le donne à Dominique.) Pardon maître, corrige ta chienne effrontée qui ose te répondre.

Dominique (Gêné devant le public il essaie de cacher le martinet.)

Allons, allons lève-toi…

Conscience (Elle s’allonge devant lui.)

Non ! Je ne suis qu’une chienne immonde qui mérite d’être corrigée, frappe-moi Maître !

(Entre le Temps par la porte de droite, il fauche un instant au milieu de la scène, quand Conscience l’aperçoit elle se relève et, confuse, arrange son tailleur puis l’Inconscient passe en courant, il est suivi par la Mort, qui le happe de sa faux.)

Dominique (en sortant avec Conscience)

 De toutes façons, j’avais ma conscience pour moi... (Ils sortent du coté gauche.)

Inconscient (à bout de souffle)

Mais arrête ! On ne joue plus ! (La Mort ricane et l’entraîne.) On..ne...joue...plsss......
(Ils disparaissent par la porte de droite, le Temps reste seul et fauche.)

Le Temps (très « folle » au public)

Les affaires que voulez-vous, les affaires.....

Rideau

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Théâtre: Antigone (tragédie en vers) suivie de la bonne conscience

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