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Fiches de lecture de I à M
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Il y a 2 sexes, A.Fouque, éd.Gallimard.
Impostures intellectuelles A.Sokal et J.Bricmont, éd.Odile Jacob
Imposture ou psychanalyse, M. Larivière, éd.Payot
Impromptus de Lacan, (Les) Jean Allouch, éd.Epel

Journal d'Hirondelle, Amélie Nothomb, éd. Le livre de poche

Lacan, de l'équivoque à l'impasse, F. Roustang, éd. De Minuit
Lacan dira-t-on, (Le) Corinne Maier, éd.Mots et Cie
Lady Chatterley, D.H.Lawrence, Le livre de poche
Leçons psychanalytiques sur le masochisme, P-L Assoun, éd. Anthropos
Lettre aux éducateurs, N. Sarkosy, Imprimerie Nationale.
Lettres d'amour en Somalie, F.Mitterrand, éd. Pocket.
Livre noir de la psychanalyse (Le), éd.Les arènes
Londres à Alger, (de) J.Soustelle, éd.R.Laffont

Mélancolie française, Eric Zemmour, éd. Fayard Denoël.
Mémoires, Paul Reynaud, éd. Flammrion
Mémoires de Ponce Pilate (Les), Anne Bernet, éd.Plon.
Misères du désir, Alain Soral, éd. Blanche
Mon enseignement, Jacques Lacan, ed. du Seuil

 

 

 

 

 

Il y a 2 sexes

 

Même si l’ouvrage « Il y a 2 sexes » éd. Gallimard porte en sous-titre « essais de féminologie » il ne s’agit nullement d’un véritable essai développé, mais d’une collecte de textes d’Antoinette Fouque, rassemblant des entretiens, des interventions lors de réunions ou des articles de presse. Le titre est dû a une courte ébauche d’une vingtaine de pages.
Antoinette Fouque fut l’une des co-fondatrices du MLF. Le fil conducteur de l’ouvrage est politique et psychanalytique. Rien de surprenant à cela puisque l’auteur fut la créatrice du groupe « psychanalyse et politique ». D’un point de vue marxiste, le corps de la femme y est vu sous l’angle de la reproduction, la femme avec son corps reproduit du vivant-parlant et rentre dans le procès marxiste de l’économie.
Le féminisme d’A. Fouque est en opposition avec celui de S. De Beauvoir, on se souvient de la fameuse phrase de Beauvoir : «On ne naît pas femme on le devient» alors que pour A. Fouque «Il y a 2 sexes». On naît fille ou garçon. Le féminisme de Beauvoir est un culturalisme, celui de Fouque un naturalisme. C’est assez curieux quand on sait que A. Fouque fut une psychanalyste lacanienne -Elle a fait sept ans d’analyse avec Lacan- elle n’hésite pas à faire un grand usage du freudisme qui fait primer le biologique, et pour cause : il semble difficile d’assumer la thèse « Il y a 2 sexes » sans passer par la case départ de la psychanalyse.
L’auteur, dans son ouvrage, rejette en bloc et certainement avec raison le phallocentrisme de toute la psychanalyse, tant freudienne que lacanienne. Pour elle, et c’est là que repose l’originalité de son « essai », il y a pour les garçons, pour les hommes, une « forclusion du matriciel ». Tous les enfants rêvent d’avoir des bébés, mais les garçons ne le peuvent pas :

« Depuis que j’ai formulé ce concept « d’envie d’utérus » qui apparaît dès 1970 dans un tract programme de « psychanalyse et politique » je n’ai cessé d’en dégager les implications politiques et psychanalytiques. Cette avancée théorique a été récemment et pour partie reprise par l’anthropologie contemporaine ». p.65

Ce « concept » n’est pas une invention de l’auteur de « Il y a 2 sexes ». en 1923, G.Groddeeck (Le livre du Ca, éd. Gallimard) avait déjà remarqué que l’homme a aussi un désir d’enfantement et il développe cela dans son ouvrage. De nombreux travaux, préalables au texte d’A.Fouque, font par ailleurs mention de ce désir matriciel, sans jamais il est vrai le développer.
Si ce concept revendiqué par A. Fouque est une réalité du psychisme, la notion de « forclusion » n’est certainement pas celle adéquate qu’il faut utiliser pour ce désir d’enfantement masculin. La forclusion concerne quelque chose qui n’a pas été symbolisé. Or, selon un sondage réalisé pour « Enfants magazine » de juin 2005, 38 % des hommes voudraient être enceints si les techniques médicales le permettaient. Ce serait donc plutôt la notion de « refoulement » qui devrait être ici employée. Car le refoulement suppose quelque chose qui, à un certain moment, a été conscient ou a effleuré la conscience du sujet.

A.Fouque tient la religion responsable du cloisonnement des femmes et elle n’hésite pas à en faire une critique sévère :

« Dans le catholicisme -Pour ne parler que de la religion dans laquelle j’ai été élevée et que je connais bien-, la Trinité spirituelle c’est le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Si la Vierge Marie a été élevée plus tard au statut de sainte, elle n’a pas le statut de divinité ; seul l’homme est Dieu, unique dans la Père et le Fils. »

Personne n’est obligé de savoir qu’au concile d'Ephèse (431), Marie fut déclarée Téhotokos, Mère de Dieu, qu’elle est la seule « sainte » à être née « immaculée » et que l’Assomption est un dogme de l’Eglise catholique et qu’il est de fait le pendant féminin de l’Ascension.
Selon elle, les femmes subissent un apartheid dans les religions monothéistes, et elle n’hésite pas à faire l’amalgame entre le Catholicisme,  l’Islam ou le Judaïsme :

« Cet apartheid que les femmes subissent structurellement dans les monothéismes, [...] on peut en voir également les effets dans l’organisation même de la mosquée où,  comme à la synagogue d’ailleurs, les femmes, mères, épouses, filles, sont réduites à la portion congrue, tandis que le sexe élu jouit d’un espace monumental. Ici, se retrouve le thème de la pureté : les femmes sont reléguées parce qu’elles seraient impures, en particulier au moment de leurs règles. On nous parle du respect des femmes dans la religion –On m’en a parlé pendant toute mon enfance : je suis de religion catholique, je me suis mariée à l’église et j’ai travaillé universitairement sur un auteur très chrétien, Bernanos ; c’est dire que je crois connaître cette religion et que je ne m’en moque pas-, mais il faudrait n’avoir ni yeux, ni dignité, ne pas être une femme en un mot, pour ne pas voir ni ressentir l’humiliation permanente que constitue cette exclusion, et surtout son effet dévastateur sur les relations non seulement entre les mères et les fils, mais sur tous les liens de famille.
Que les monothéismes soient misogynes, inégalitaires, discriminatoires, n’est plus à démontrer ».

Le cœur du paragraphe concerne la religion catholique que l’auteur, selon ses dires, connaît très bien et le sujet est l’apartheid, la division géographique entre hommes et femmes qui a effectivement lieu dans l’Islam et le Judaïsme, mais pas dans l’Eglise catholique. Par ailleurs il y a dans cette Eglise catholique des millions de femmes qui œuvrent à la catéchèse ou à diverses activités ecclésiales. Ce sont, contrairement à ce qu’écrit l’auteur, des femmes qui ne sont pas forcément aveugles et qui ont de la dignité de femme à part entière !
Sauf pour l’auteur.

A part quelques belles remarques sur le sujet, la pensée politique d’A. Fouque  reste pauvre, elle est surtout composée de clichés politiquement corrects et auxquels adhérent encore ceux qui se pensent « révolutionnaires » ou progressistes sans s’apercevoir qu’ils sont d’un conservatisme navrant. Cette pensée politique se situe dans le consensualisme mou et trouillard des socialistes post soixante-huitards, ceux qui sont passés du col mao à l’attaché case directory. Ceux qui n’hésitent pas à vouloir une législation particulière pour tout ce qui les dérangent :

« Et pourtant, si le racisme est un délit, la misogynie reste une opinion, et les meurtres sexistes, le fait des fous, donc d’irresponsables » P.111

« Mais, en l’absence de lois antisexiste, la misogynie, contrairement au racisme, n’est toujours pas un délit ; elle n’est qu’une opinion. » P.179  

On apprécie ce « toujours pas » qui laisse, provisoirement aux citoyens le droit de s’exprimer, en attendant que des lois soient votées qui mettront à l’index nombre des chansons de J. Brel et G. Brassens. En attendant, Michel Houellebecq, qui nous assure que « la psychanalyse est ce qui sert à transformer une pétasse en conasse » a du souci à se faire : ce n’est plus là une opinion, mais un délit !
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Imposture ou psychanalyse

 

C’est à partir de la biographie d’E. Roudinesco (Jacques Lacan, éd. Fayard) et de ses réflexions et connaissances personnelles que M. Larivière a écrit son essai qui porte en sous-titre « Masud Khan, Jacques Lacan et quelques autres, (éd. Payot). Sa thèse repose sur la transgression comme moteur de la création en psychanalyse.

C’est en effet en transgressant les règles de la psychanalyse que Lacan élabora sa réflexion. M. Larivière n’est pas un analyste en « vue sur la place », il est un analyste non-médiatique, ce qui valorise d’autant son travail. Il a, comme il l’écrit, tourné autour de l’orbite de l’EFP. Le début de son ouvrage traite en partie de l’impossible transmission de la psychanalyse et semble s’adresser aux « non-initiés » :

« Car si l’on peut enseigner la poésie, il est en revanche impossible d’enseigner comment on devient poète – et la même chose est vraie en matière de psychanalyse. » p.19

Mais on s’aperçoit très vite que son livre demeure difficile à comprendre pour qui n’a pas eu sa propre expérience du divan :« Il est même extrêmement difficile, à notre avis, de simplement parler de son analyse avec ce que les artistes lyriques appellent une voix posée... » p.33
Rapidement c’est le statut de l’analyste, sujet cher à Lacan, qui devient l’objet de l’étude de M. Larivière. Pour lui, et avec raison, « aucun analyste n’est jamais tout à fait certain de savoir en quoi, au juste consiste sa compétence » ni certain de la légitimité de la psychanalyse malgré les institutions dont elle s’est munie. Elle se doit, selon l’auteur, d’abandonner toute prétention scientifique. C’est une démarche qui relève plus de la littérature que de la science car l’inconscient ne sera jamais démontrable, il ne peut se connaître qu’à travers la parole qui a servi à le rendre conscient, l’objet même de la psychanalyse n’existe plus.

Ouvrage intéressant donc que cet « Imposture ou psychanalyse » qui aurait gagné à s’appeler « Les paradoxes de la psychanalyse » mais qui a une odeur de déjà vu ; nombre de lacaniens ont écrit sur le sujet, sur l’impossible transmission, sur la légitimité et sur la parodie de la psychanalyse. Le mérite de l’auteur tient à son « interprétation » sur la transgression comme outil et moteur de l’élaboration théorique. J. Larivière reconnaît bien volontiers que le précurseur en la matière s’appelait Jacques Lacan, dictateur-fondateur de l’EFP, psychanalyste atypique et théoricien génial qui invita en réalité, non à une relecture de Freud, mais à une remise en cause intégrale de la psychanalyse :

« Alors, si l’opération lacanienne de la comédie consiste à lever les voiles sur la psychanalyse, à écarter le rideau devant la scène sur laquelle la psychanalyse jouera son propre rôle, il n’y a plus de vérité psychanalytique que l’on pourrait enfin dire et transmettre. On touche là, selon nous, à la question de Lacan, la plus difficile à travailler. » p.97

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Les impromptus de Lacan

L’ouvrage de Jean Allouch, Les impromptus de Lacan, éd Epel, porte en sous-titre « 543 bons mots recueillis par Jean Allouch ». Ces bons mots ne sont pas tous, loin s’en faut des éclats de rire, mais ils nous permettent de pénétrer parfois dans une certaine intimité avec le Maître de la rue de Lille.
Pour qui n’a jamais lu tel ou tel analyste de son Ecole ou analysant de Lacan se lâchant et dire ses quatre petites vérités sur le Maître, la surprise risque d’être grande. Mais pour ceux qui ont déjà côtoyé le re-penseur de Freud par ses œuvres, ses biographies et des anecdotes de seconde main, ces impromptus seront la confirmation du caractère avide d’argent du théoricien de la psychanalyse. On y découvrira l’avidité prenant le visage de la mesquinerie pour côtoyer sans vergogne, aucune, le génie dans le même personnage. Du Guitry de « l’autre scène » avec de bonnes réparties, un moment agréable. Comme les anecdotes sont courtes on prend le rythme de lecture qu’on veut, à déguster comme une sucrerie coupant d’autres ouvrages.
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Journal d’Hirondelle

Un roman très court, une nouvelle plus qu’un roman, que le Journal d’Hirondelle par Amélie Nothomb (Le livre de poche) Nothomb y parle à la première personne, c’est donc réussi. On lit d’un trait, comme un chargeur qui se vide rapidement sur ses victimes. C’est froid, glacial sans être cruel, c’est comme ça.
C’est un tueur à gages qui trouve sa voie et se livre à une succession de remarques philosophiques qui ne sont pas dénuées d’intérêt et comme ce sont des corps dont il est question, ces remarques touchent le corps :
« L’oreille est un point faible. Son absence de paupière se double d’un déficience : on entend toujours ce que l’on voudrait éviter d’entendre, mais on n’entend pas ce que l’on a besoin d’entendre »
« Quel est le point commun entre le visage et les mains ? C’est le langage, que l’un parle et les autres écrivent. J’ai le verbe froid comme la mort. »  
C’est court certes, mais c’est du bon Nothomb, du fouillé, du pensé, elle est revenue souvent sur le papier pour fignoler un truc vraiment fini, même si la fin en elle-même est un peu décevante.
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Lacan
De l’équivoque à l’impasse

 

C’est à un travail de dominicain que se livre l’ex-jésuite François Roustang, dans cet ouvrage court, mais particulièrement riche qui a pour titre : « Lacan, de l’équivoque à l’impasse » aux Editions de Minuit.
C’est avec plaisir que j’ai retrouvé la plume de F. Roustang, mais si dans ses premiers ouvrages l’écriture contenait du « witz » ce n’est plus le cas...
Avec un sujet aussi sérieux, n’importe quel auteur en aurait profité pour en coller 400 ou 500 pages, mais F. Roustang est austère et dépouillé comme une église cistercienne et nous la joue ici à l’économie de formules et de décorum (118 pages) en nous évitant des redites et des pages inutiles, manie répandue chez beaucoup d’essayistes.
L’écriture est dense et ne permet pas la moindre distraction au risque de perdre le fil.
Si l’ouvrage est sérieux dans le fond, la forme laisse parfois un arrière goût de bâclage, des guillemets mal placés ou trop rares, le manque d’italiques lors de citations d’un autre ouvrage ajoute à la difficulté de lecture.  
L’auteur cite toutes ses sources en donnant des références très précises, la page des œuvres citées est toujours indiquée.

Bien évidemment, en 118 pages F. Roustang ne pouvait pas s’attaquer à l’œuvre entière de Jacques Lacan, mais il parvient tout de même à poser un doute sérieux pour le lecteur sur l’ensemble de la doctrine lacanienne. C’est la raison pour laquelle il sélectionne une dizaine d’ouvrages de Lacan et s’attaque à quelques concepts majeurs de la théorie du Maître, particulièrement « l’inconscient structuré comme un langage » et le Réel de la trilogie RSI (Réel, Imaginaire et Symbolique).
Un des principaux reproches que fait F. Roustang à Lacan, est le manque de définition claire de ses concepts, manque de définition comblé par une fuite à l’avant pour se sortir des difficultés que toute nouvelle proposition entraîne. Ce manque de définition claire fait, par bonheur ou par malheur, que chacun peut s’approprier la doctrine en la contorsionnant à son goût. Il nous faut reprendre ici la très belle formule de J-D Nasio qui se réclame « lacanmien » c'est-à-dire ce qu’il a compris et intégré à sa façon l’œuvre de Lacan.
Le titre de l’ouvrage est tout de même assez sévère car on se demande s’il peut exister autre chose qu’une équivoque pour parler de cette chose ineffable qu’est l’inconscient. Quant à l’impasse, même si l’école qu’avait fondée Lacan s’est éclatée en dizaines de structures après sa mort on peut tout aussi bien dire que c’est une richesse productive et que plusieurs directions ont vu le jour au carrefour de la mort du Maître.
Les contradictions qui fondent le soubassement de la doctrine lacanienne sont mises au grand jour dans l’ouvrage de F. Roustang. Certes, comme il a été souvent répété, la psychanalyse est une praxis, elle se transmet et ne s’enseigne pas ; mais Lacan lui-même n’inventa-t-il pas les « mathèmes » en psychanalyse ? Les structures qui lui ont survécu ne délivrent-elle pas aujourd’hui des Masters de psychanalyse dont les cursus se suivent à l’université ?
On a assez souvent l’impression, dans l’ouvrage, de se trouver devant une antithèse des propos de Lacan qui font office de thèse, et bien naturellement, il manque à tout ceci une synthèse qu’il faut fabriquer soi-même avec la plus grande difficulté, tant l’antithèse « roustanienne » tient la route. A propos de « l’Inconscient structuré comme un langage » F. Roustang note ceci :

« Puisque la méthode psychanalytique n’utilise que le langage et que cette méthode permet d’atteindre l’inconscient, cet inconscient est structuré comme un langage, il est langage (Le Séminaire, Livre III, page 20.) Il est langage (Ecrits, page 866.) C’est un sophisme parce que l’on confond l’instrument de la recherche et l’objet de la recherche. » [...] La psychanalyse a pour instrument le langage et la psychanalyse n’a pas d’autre instrument que le langage. Cette affirmation sans cesse répétée par Lacan est tout simplement fausse, puisque le transfert tient en psychanalyse une large place et qu’il est, malgré les tentatives faites en ce sens, irréductible au langage ou au savoir. »
P. 61

Ou encore :
« ...l’inconscient est structuré comme un langage. Autant dire : puisque nous ne pouvons connaître certains caractères des objets que par les yeux, ils sont structurés comme les yeux. »
P.109

On ne peut qu’être en accord avec F. Roustang, c’est du petit lait agrémenté de miel qui nous est servi là :

« Or le transfert est plus qu'un échange de paroles analysables et "sécables", il est un phénomène qui inclut aussi la parole mais qui n'est pas que paroles. »
L’Idéologie freudienne, http://causepsy.fr/lideologie.htm
(édition 2004)

Un autre concept lacanien auquel s’attaque F. Roustang est celui du Réel de la trilogie borroméenne : Réel Imaginaire Symbolique. Le Réel fut introduit pour la première fois par Lacan en 1953. Il lui fut inspiré par un ouvrage de Meyerson et subit quelques variations importantes avant d’occuper sa place définitive, c'est-à-dire aucune, puisque selon le mot, « le Réel n’existe pas ». Dans le lacanisme, le Réel, constituerait tout ce qui n’a pas été symbolisé ou qui est impossible à symboliser. A partir de là s’ouvre un véritable boulevard de réflexions et de concepts que chacun agrémentera à sa guise. Le psychotique ne symbolise pas le signifiant du Nom-du-Père, ce signifiant est forclos et fait retour dans le Réel. En résumé, dans un premier temps, seul le fou accède au réel par sa folie. Mais tout ce qui est impossible à symboliser ne sera pas forclos. F. Roustang repère très bien l’impasse de ce concept majeur :

« Le réel était produit par le psychotique par son impuissance à symboliser ; désormais le réel deviendra ce qui résiste à la symbolisation. Evidemment les deux réels en question n’ont plus rien à voir entre eux, puisque le réel du psychotique est une création qui mime le symbolique, alors que le nouveau réel proposé pour expliquer quelque chose du névrosé ou de l’être humain en général est un obstacle, une limite infranchissable, une butée. »
P.78

Plus qu’une impasse, on peut lire ici, dans ce manque du concept, une invitation à le prolonger et à le développer. Hélas, cela ne peut se faire sans toucher au nœud borroméen, et enlever le réel c’est le désinsérer de ce nœud impossible à défaire au risque de faire écrouler tout le système.

Une autre cible de F. Roustang est le peu de place laissé par Lacan à la pulsion :

« Au cours de ses Séminaires, la notion de pulsion est plusieurs fois introduite, en vue de développements ultérieurs. La pulsion est en effet un obstacle majeur à la doctrine lacanienne.
On sait que Freud en a fait le fond de l’inconscient et que, pour lui, c’est une force ou une charge énergétique qui a « sa source dans une excitation corporelle ». Mais Lacan ne veut pas entendre parler de force ou d’énergie, il va donc devoir proposer une autre interprétation. 
»
P. 79

On pourrait s’inscrire en faux contre les propos de F. Roustang en arguant que justement Lacan a souvent parlé de pulsion scopique ou de pulsion sadomasochiste et n’hésitait pas, contrairement à Freud, à nommer les pulsions. Mais ce serait lui couper la parole un peu tôt :

« La dernière opération à effectuer est la réduction de la pulsion à l’objet a. Il a été affirmé plus haut que la pulsion rencontre l’impossible de la satisfaction. Donc puisque « la pulsion saisissant son objet apprend en quelque sorte que ce n’est justement pas par là qu’elle est satisfaite », puisque « aucun objet ne peut satisfaire la pulsion », puisque « l’objet de la pulsion est indifférent », cela nous conduit à donner à l’objet a « sa place dans la satisfaction de la pulsion ». Cet objet définitivement perdu pourrait être dit l’objet de la pulsion, mais alors la pulsion s’y perdrait. Or, comme elle est une force constante, on dira qu’elle tend vers cet objet en l’évitant sans cesse, donc qu’elle « en fait le tour ». C’est ce qu’exposera longuement la leçon suivante du Séminaire : la pulsion est un montage dont le but n’est point autre chose que ce retour en circuit ; elle n’aura pas d’autre fonction que de contourner l’objet éternellement manquant.(Le Séminaire Livre XI) »
P.86

C’est la fameuse théorie de l’ouvre bouteille qui est ici mise à mal. La pulsion contourne l’objet petit a sans jamais parvenir à l’atteindre. Roustang continue ses observations sur la fameuse phrase de Lacan « Il n’y a pas de rapport sexuel ».

C’est parce qu’il a voulu construire une science du réel ou du langage que Lacan s’est obligé à des fuites en avant. Il y a décidément une faille majeure entre le freudisme et le lacanisme et cette béance ne pourra jamais se combler. Car pour Freud la référence au réel c’est le biologique, chez Lacan la référence au réel est le langage.
On n’en sort pas.
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Le Lacan dira-ton
Guide français lacanien

Le petit opuscule, sans prétentions, de Corinne Maier,  le « Lacan dira-ton » aux éditions Mots et Cie, vous fera passer un agréable moment. Le parlé lacanien illustré de la conversation courante est à emmener avec soi pour être dans le vent. Si le bruit du train couvre les conversations dites :
« La pulsion rythmique des roues masque la polyphonie du discours de l’Autre »
Une fois arrivé, si vous n’arrivez pas à replier le plan de la ville dites :
« Le rebouclage de ce graphe de la cité est énigmatique »
Enfin si vous ne comprenez pas tout à fait votre compagne dites-lui :
« L’allusivité de tes signifiants ne permet pas de percoler le mi-dire. »
Si vous ne la comprenez pas du tout, dites plutôt :
« Tes signifiants font énigme. »
Vous serez sûr d’avoir la paix cinq minutes....

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Lady Chatterley

Nous sommes dans le roman noir anglais avec Lady Chatterley de D.H.Lawrence dans Le livre de poche. Trois versions furent écrites par l'auteur, j'ai lu la première. Lady Chatterley et son mari, Clifford auraient pu être très heureux, mais il revint de la guerre de 14/18 atrocement mutilé. Du coup, Constance (lady Chatterley) s'éprend de son garde chasse, elle se donne à lui. Les choses étant ce qu'elles sont, ce dernier quitte son poste. De garde chasse, il devient ouvrier en usine et communiste. Constance le suit. L'aime-t-elle ? Elle se le demande, on le croit. Elle finira par tout quitter pour une brute mal dégrossie.
C'est glauque, du romantisme sadomaso à souhait, c'est anglais. A ranger dans les romans du genre "Jeanne Eire", "Les hauts de Hurlevent" et autres joyeusetés britanniques. C'est lisible.

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Leçons psychanalytiques sur le masochisme

Un petit ouvrage d’une centaine de pages que ces Leçons psychanalytiques sur le masochisme, de Paul-Laurent Assoun, éd. Anthropos, dans lequel vous n’apprendrez rien de neuf sur le sujet. C’est la récitation du catéchisme freudien habituel aux horizons obtus et fermés : l’Œdipe, la castration, l’angoisse...
Le masochisme est toujours envisagé dans une optique hétérosexuelle, la femme bourreau incarne le Phallus manquant etc.
« Il est essentiel dans la mise en scène, que le bourreau (femme) ait l’air méchant et agisse en conformité à cette disposition. » (p.27)
Le bourreau est donc toujours une femme, quid quand le dominé est un homme et le dominant un autre homme ou la dominée une femme et le dominant un homme ? Le masochiste, selon l’auteur, qui cite Freud abondamment, ne fait que reproduire le coït parental qu’il perçoit comme un acte violent (p.27). Comme il est stipulé dans la doxa freudienne que « rien ne peut arriver aux parties génitales ou aux yeux » (p.53) l'auteur le reprend à son compte, mais rectifie le tir un peu plus loin (p.87).
Vers la fin de l’ouvrage P-L Assoun passe en revue « Les destins postfreudiens » les principaux analystes qui ont écrit sur le sujet (Nacht, Reich, Bergler, Reik) en soulignant, et le fait est plutôt rare chez les psychanalystes, qu’il y a un manque capital à vouloir élaborer une théorie du masochisme en occultant la pulsion de mort. Juste un détail. Mais ce rappel a un goût de déjà vu. lesmasochismes.htm
L'ouvrage très important de Gilles Deleuze "Présentation de Sacher Masoch" n'est pas cité. Un autre détail.
L’ouvrage ne vaudrait peut-être pas la peine d’être signalé, si une des phrases finales ne contenait un peu de bon sens :

« Le culot monstre du masochiste est de se déguiser en objet a, voire de se faire passer pour lui. [...] Il s’incarne comme objet, au moyen de l’érection, « sur sa petite scène », de cette Loi qu’est le désir de l’Autre."

Hélas, le masochiste ne se déguise pas en objet a de l'Autre ou en son propre objet a. Certains masochistes, pas tous, arrivent à jouir de leur objet petit a. Ce n'est pas tout à fait pareil...
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Lettre aux éducateurs


Ce petit opuscule nommé Lettre aux éducateurs de Nicolas Sarkosy, (Impression Journaux officiels, septembre 2007) commence de façon mitigée, c'est aux éducateurs que s'adresse Nicolas Sarkosy. Cet opuscule étant distribué aux enseignants, quelque chose échappe au bon sens dés le départ ; à moins que l'éducation soit le fait des fonctionnaires de l'E.N. Car l'Ecole est là pour instruire et pas pour éduquer, l'éducation étant justement, le privilège des parents et de leurs choix éducatifs. Passons sur cela et tenons comme un fait l'Education Nationale
On est presque rassuré de voir que l'auteur ne fait pas partie, de ceux, nombreux, qui ont le "cerveau doltoïsé" :
"Mais à trop valoriser la spontanéité, à trop avoir peur de contraindre la personnalité, à ne plus voir l'éducation qu'à travers le prisme de la psychologie, on est tombé dans un excès contraire.". (P. 5)
Effectivement l'enseignant transmet un savoir, il n'éduque pas. On ne peut que le suivre quand il écrit :
"Nous avons le devoir de leur apprendre que tout ne se vaut pas, que toute civilisation repose sur une hiérarchie des valeurs, que l'élève n'est pas l'égal du maître." (P.9) L'école de Monsieur Sarkosy est laïque : "Je souhaite que les élèves se découvrent lorsqu'ils sont à l'école et qu'ils se lèvent lorsque le professeur entre dans la classe" (P.11)
La position contre le foulard islamique est donc plus que claire, elle est réglée : Les élèves se découvrent à l'école ! Mais le religieux ne doit pas rester à la porte de l'établissement :
"Pour autant je suis convaincu qu'il ne faut pas laisser le fait religieux à la porte de l'école. La genèse des grandes religions, leurs visions de l'homme et du monde doivent être étudiées…"(P13)
Il ne rajoute pas : "pour autant que cela soit possible" ! Car plus d'un enseignant pourrait lui dire ce qu'il sait déjà : ce n'est pas toujours possible ; procès des organisations et des associations contre les professeurs en charge de cet enseignement sont légions ! Les a-t-il soutenus ? Les a-t-il reçus à l'Elysée ?

Hélas l'ouvrage ne reste pas longtemps dans le "raisonnable contradictoire" et atteint vite des sommets d'aberrations :
"Nous sommes les héritiers de toutes les grandes civilisations qui ont contribué à la fécondation réciproque des cultures qui est en train d'engendrer la première civilisation planétaire […] De tout temps la France s'est regardée comme l'héritière de toutes les cultures qui dans le monde ont apporté leur contribution à l'idée d'humanité." (P.15/16)
Outre qu'on ne saisit pas vraiment ce que veut dire "l'idée d'humanité", on notera que la France reste surtout l'héritière du christianisme, des civilisations Celtes, Romaine et Grecque et de la Révolution de 89. Si l'Occident a trois mères (Rome Athènes et Jérusalem), Nous ne sommes pas les héritiers du Bouddhisme, de l'Hindouisme ou de l'Islam.
S'ensuivent quelques poncifs éculés du bourgeois moyen qui pose son regard sur l'Education Nationale :
"Le savant…ne doit pas être inculte en littérature, l'artiste, le philosophe ne doit pas être inculte en science […] Si tant d'adolescents n'arrivent plus à s'exprimer que par l'agressivité, […] la violence, c'est peut-être aussi parce qu'on ne les a pas initiés à la littérature, à la poésie […] Nos enfants ont besoin de plus d'humanisme et de plus de sciences… " (P.18/19)
Ben voyons, élémentaire mon cher Watson ! Faudra qu'il aille expliquer ça dans un collège "difficile" : la poésie comme remède à la violence dans les collèges, personne n'y avait pensé ! Les poncifs s'enchaînent les uns aux autres :
"Il est une autre opposition qu'il nous faut dépasser : celle du corps et de l'esprit…[…] Donner le maximum à chacun au lieu de se contenter de donner le minimum à tous.." (P.23/25)

Mais plus intéressant que ses vues sur l'éducation, c'est vers la politique future de l'Education Nationale que nous intéresse cet opuscule, bien qu'aucune mesure ne soit décrite explicitement, cette politique est bien suggérée. Tout d'abord des caresses flatteuses dans le sens du poil des enseignants :
"La Nation vous doit une reconnaissance plus grande, de meilleures perspectives de carrière, un meilleur niveau de vie, des meilleures conditions de travail. […] Je souhaite faire de la revalorisation du métier d'enseignant l'une des priorités de mon quinquennat…"
(Une de plus : l'Ecologie, Alzheimer…faudra choisir un jour !) Mais qu'est-ce qui va changer ?
"Dans l'école de demain vous serez mieux rémunérés [ ] vous gagnerez plus, vous progresserez plus rapidement si vous choisissez de travailler et de vous investir davantage".
Travaillez plus pour gagner plus ! Mais restons sur les changements :
"Et quand nos enfants apprennent des langues étrangères, et je souhaite qu'ils en apprennent obligatoirement au moins deux…[…] Il faut que nos enfants rencontrent des écrivains, des artistes…[…] Ils ne faut pas que les enfants restent enfermés dans leurs classes, très tôt ils doivent aller dans les théâtres, les musées, les bibliothèques, les laboratoires, les ateliers…[…] Non seulement le sport doit prendre plus d'importance à l'école, mais il faut aussi… " etc etc…
Et tout cela comment ?
"Comprenez-moi bien, il ne s'agit pas d'alourdir encore les horaires d'enseignement qui sont déjà trop lourds. (Et comment alors ?)
" L'évaluation sera partout la règle et les moyens seront répartis en fonction des résultats et des difficultés que rencontrent les élèves...
"
Mais ça se fait depuis toujours, ça s'appelle "être inspecté" et la note de l'inspection joue sur le salaire…"Les évaluations nationales" existent depuis des années...Monsieur Sarkosy ne le sait peut-être pas !
Mais en fait, comment parvenir à cela est écrit en toutes lettres :
"Dans l'école que j'appelle de mes vœux où la priorité sera accordée à la qualité sur la quantité, où il y aura moins d'heures de cours, où les moyens seront mieux employés parce que l'autonomie permettra de les gérer davantage selon les besoins, les enseignants seront moins nombreux"

Trente pages de banalités, de poncifs éculés pour nous dire que "le temps de la refondation est venu"… Personnellement, ayant jaugé le bonhomme, j'ai ma petite idée sur cette refondation :-)
Quand la lecture a été finie, j'étais enrhumé par l'homme qui fait beaucoup de courants d'air. J'ai voulu aller à la pharmacie acheter les médicaments pour soigner mon rhume, mais ils n'étaient déjà plus remboursés….

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Lettres d'amour en Somalie

C'est un curieux mélange assez réussi que les Lettres d'amour en Somalie de Frédéric Mitterrand aux éditions Pocket. Victime d'un chagrin d'amour l'auteur espère l'oublier en visitant le pays le plus pauvre du monde. L'exercice était risqué : qu'est-ce qu'une petite plainte individuelle, un bleu de l'âme, face à la misère du monde ? Le cocktail est détonant, l'alternance du désespoir individuel et le manque total d'espérance se tiennent au coude à coude. A peine une centaine de pages, un bon début de soirée….
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De Londres à Alger

Une mémoire à trous que celle de Jacques Soustelle, (de Londres à Alger, 1940-1942) l’ouvrage porte en surtitre  Envers et contre tout. éd. Robert Laffont. Comme Paul Reynaud, sous-titre les siennes par un « Envers et contre tous » on peut dire que c’est une habitude des jusqu’auboutistes d’être contre tout le monde. Jacques Soustelle a rejoint la France Libre à Londres en Décembre 1940 et sa mission auprès du Général consista surtout en un travail de propagande en vue d’un ralliement de toute l’Amérique du sud. On ne peut donc pas lui en vouloir de passer sous silence l’exode et les conditions dramatiques de l’armistice, ceux qui mirent fin au massacre sont nommés « les adeptes de la capitulation » (sic). Il situe donc, sans appel, les méchants à Vichy. L’ouvrage a été écrit en 1947, presque « à chaud ». L’auteur s’il passe sous silence Mers-El-Kébir, consacre tout un chapitre sur Dakar. C’est le genre de livre que se doit de lire quiconque s’intéresse à cette époque pour comprendre la naissance du mythe gaulliste, l’ouvrage se termine sur les mots suivants : "Qu’importe tout le reste, De Gaulle est là !" L’amateur de cette période de l’histoire, en lisant entre les lignes, y verra la réalité des « contingents gaullistes » : quelques centaines d’hommes, au plus quelques milliers entre Alger et l’Afrique.»
Hélas, on est un peu déçu par le chapitre consacré au complot d’Alger et ce qui s’y est tramé en 1942. Le lecteur n’y voit pas plus clair après qu’avant, le rôle de Giraud reste toujours aussi obscur, il faut dire que l’Histoire n’a pas encore démêlée la réalité de cette époque en ce lieu....
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Mélancolie française

 

Il est écrit sur le bandeau du dernier ouvrage d’Eric Zemmour, « Mélancolie française », paru chez Fayard Denoël : « L’Histoire de France racontée par Eric Zemmour ».
On apprécie le parallèle ironique avec « L’Histoire de France racontée aux enfants ». Mais ce n’est pas à des enfants que s’adresse l’auteur.
Même si les grands visages des constructeurs tels que Richelieu ou Mazarin sont dessinés par le crayon de Zemmour. Ce n’est en réalité qu’une courte période de l’histoire de France qui est relatée dans le livre.
En 250 pages au rythme soutenu et au style enlevé, Eric Zemmour se livre à une analyse politique, démographique, géopolitique, militaire et économique de la période de notre histoire s’étalant grosso modo de la révolution à nos jours. Cette analyse n’est correcte à aucun point de vue, non par là qu’elle soit fausse ou tronquée, bien au contraire, la justesse y est d’un réalisme et d’une lucidité sans appel. Cette analyse est incorrecte dans le sens ou elle n’applique pas le consensualisme mou de la plupart des historiens d’aujourd’hui.
C’est un véritable feu d’artifice que nous offre Eric Zemmour dans son récit, n’hésitant pas à citer les prophéties de ceux qui ont fait la politique de la France, en commençant par Talleyrand :
« L’Amérique s’accroit chaque jour. Elle deviendra un pouvoir colossal, et un moment doit arriver où, placée vis-à-vis de l’Europe en communication plus facile par le moyen de nouvelles découvertes, elle désirera dire son mot dans nos affaires et y mettre la main... Le jour où l’Amérique posera son pied en Europe, la paix et la sécurité en seront bannies pour longtemps » p. 48
Nous avions découvert, dans son dernier essai « Le premier sexe » (éd. Denoël) qu’Eric Zemmour est un lecteur de Freud. Il l’a compris (ce qui est assez rare chez les politiques ) et il en tire des conclusions honnêtes. Pas comme ces psychanalystes « professionnels » qui inondent les ondes de leurs mièvreries de supermarché du freudisme devenu l’allié de la religion des droits de l’homme. Dans une formule à l’emporte pièce mais pleine de beauté crue, Zemmour nous résume en une phrase « la pulsion de mort » :
« ...L’homme risque son existence en faisant la guerre, mais il perd son essence en ne la faisant pas. » p. 119
C’est souvent en formules lapidaires, mais après avoir développé de quoi parfaire notre connaissance ou notre inculture que l’auteur nous fait comprendre le drame de l’histoire de France :
« De Louis XV à Louis Philippe, l’histoire des colonies françaises bute toujours sur le même obstacle : des colonies de peuplement qu’on ne peuple pas. » p .122
Sans être un gaulliste forcené, Zemmour salue et remet à sa place la grandeur gaullienne, aujourd’hui oubliée par ceux qui ne se réclament même plus de son héritage...
L’Europe tient une large place dans la fin de l’ouvrage, et la langue pour la décrire est belle. Elle ne ressemble en rien à la langue de bois de nos politologues  qui polluent les « unes » de nos quotidiens distribuant le prêt à penser décidé pour le peuple France.
Assez surprenant, un chapitre qui n’est pas attendu dans l’ouvrage : une analyse politique de la crise belge, ce qui est un pléonasme...
L’immigration tient une large place dans l’essai, la lucidité le veut ainsi, il faut tenir compte des projections démographiques, malgré les propos mielleux des démographes. Dans son style enrobé d’acide sulfurique, Eric Zemmour remet les choses à leur place et les faux-culs à la leur :
« ...les dissimulations imprécatoires des Lyssenko de l’INED n’y changeront rien. »

Bref, une histoire qui part de l’Empire Romain, que la France s’est toujours efforcé de ressusciter ou de perpétuer dans un phantasme parfois avoué, parfois tu. Mission sacrée dans laquelle elle a échoué. Une belle promenade en tout cas dans le « pré carré » aux ambitions hautaines et démesurées et qui furent pourtant humanistes et raisonnables, un paradoxe ? Non, Sire un hexagone...
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Mémoires
(Envers et contre tous)

 

C'est un témoignage sur une période cruciale de notre histoire que nous livre Paul Reynaud avec ses Mémoires (Tome II, Envers et contre tous) éd. Flammarion. La période s'étend de mars 1936 au 16 juin 1940.
On ne peut qu'être admiratif de la lucidité politique de l'auteur jusqu'à ce qu'il ne devienne le Président du Conseil.
Sur beaucoup de points, il nous montre (documents à l'appui) combien sa vision était juste : il avait raison avec de Gaulle sur la nécessité de se doter d'une armée de blindés, ce qui ne fut pas fait. Il avait également raison sur la dévaluation qu'il a appliquée lorsqu'il prit les finances qu'il redressa de façon spectaculaire. Il avait également raison, sur la nécessité de conclure un pacte avec l'Union Soviétique.
Beaucoup de lucidité politique donc jusqu'à la débâcle que Paul Reynaud sous-estime à un point inimaginable tant il est aveuglé par son anglophilie et son admiration des USA.
Reynaud ne connaît pas l'Exode : il a à peine un mot sur les six millions de réfugiés qui hantent les routes de France, et encore, il ne parle de l'Exode que parce qu'il est gêné par les réfugiés, sur la route entre deux conseils des ministres en Province. Il reproche sans cesse à Weygand -qu'il charge énormément- d'avoir une obsession sur les "désordres" à craindre de ces millions de personnes jetées sur les routes.
Reynaud fut certainement le plus farouche opposant à l'armistice.

C'est assez ahurissant de le voir se laisser rouler dans la farine par Churchill qui lui promet toujours des divisions que personne, bien entendu ne verra jamais. La tragédie de Dunkerque occupe un tout petit paragraphe de ses mémoires, rappelons que sur 200 000 français seulement 15 000 furent évacués, contre 150 000 anglais évacués sur 220 000, mais ce petit paragraphe sur le sujet vaut son pesant de cacahuètes et montre la naïveté bon-enfant de Reynaud : (A une observation de Weygand, il répond (Churchill) par ce mot très humain : " Evitons toute discussion entre camarade de misère.. ") Cette remarque, pour Paul Reynaud, est très "humaine"... Le cynisme de Churchill lui échappe complètement.
Naturellement Reynaud est emballé par la proposition de fusion des deux nations dictée au téléphone par de Gaulle avec l'accord de Churchill et du gouvernement anglais. Selon Reynaud notre flotte aurait du être livrée aux anglais afin de pouvoir combattre.
Le 10 juin, alors que les panzers de Guderian avancent à la vitesse grand V et que l'Italie nous a déclarée la guerre, Le Président du Conseil télégraphie de nouveau longuement à Roosevelt en lui demandant à nouveau de l'aide qui bien sûr ne viendra pas... Ce qui n'empêchera pas Reynaud de donner des instructions pour "mette à l'abri" l'or français : le 16 juin Le croiseur américain Vincennes, escorté de deux bâtiments français, quitte la France avec à son bord une partie de l'encaisse-or de la Banque de France, Reynaud n'en dit pas un mot dans ses mémoires.
Comme le note Benoist Méchin dans son ouvrage (Soixante jours qui ébranlèrent l'Occident, éd. Albin Michel) c'est la curée qui commence : aux anglais la flotte, aux américains l'or.
Dans son ouvrage Benoist Méchin fait d'ailleurs un portrait du Président du Conseil assez peu flatteur.

Destin tragique dans une période tragique en vérité que celui de Paul Reynaud, gravement blessé dans un accident de la route. Sa maitresse Madame De Portes, y trouvera la mort. Reynaud, touché dans ses chairs, son âme et son honneur, fut emprisonné par Pétain, sans véritable raison, durant toute la période des hostilités. Paul Reynaud naquit en 1878, à Barcelonnette il est mort en 1966 à Neuilly sur Seine. Ses "Mémoires" sont très agréables à lire.
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Les mémoires de Ponce Pilate et L'œuvre au noir


Généralement quand un académicien écrit, c'est emmerdifiant au possible. Leurs ouvrages racontent souvent l'histoire d'une famille de marchands de quatre saisons en douze tomes qu'on se force à lire pour avoir la culture d'un "honnête homme". Ce n'est pas le cas avec Marguerite Yourcenar, L'œuvre au noir, éd. Gallimard. La lecture "Des mémoires d'Hadrien" avait provoqué en moi une grande frustration et une colère contenue qui se partageait à l'admiration.
Colère et frustration car il ne me paraissait pas possible qu'une femme du vingtième siècle pensa et s'exprima comme un empereur romain qui a passé la cinquantaine et qui vécu il y a plusieurs siècles. Le coup de grâce allait m'être donné quelques années après par Anne Bernet avec ses Mémoires de Ponce Pilate, éd. Plon.
Ces femmes m'en remontraient sur l'âme de l'homme, sur son fonctionnement, sur l'amère sagesse qu'il atteint à la cinquantaine, cette sagesse qui a un étrange goût de renoncement, de déception.
Rentrant ainsi, l'une dans la peau d'Hadrien, l'autre dans celle de Pilate, en les faisant penser agir et réfléchir sous mes yeux, elles me montraient que je ne serai probablement jamais un véritable écrivain.
Dans L'œuvre au noir, non seulement le français est un enchantement sous la plume, mais les phrases sont toujours piquantes de vérité :
" …il goûtait cette froide connaissance qu'on a des êtres quand on ne les désire plus." Je crois qu'il faudra longtemps chercher un auteur qui, comme Yourcenar, réussisse avec aisance l'alliage alchimique de deux antinomies, le mariage harmonique de deux mots incompatibles qu'elle assemble pour en tirer un instantané criant de vérité : "Seule, comme la lampe des Vierges sages, veillait dans une chambre haute, au cœur des deux filles silencieuses, la froide ardeur de la Réforme." Yourcenar fait partie de ces auteurs qu'on n'est pas pressé de lire : on en savoure chaque page, chaque phrase, chaque mot. Avec elle, le geste quotidien du lecteur devient une souffrance ; quand machinalement, en refermant l'ouvrage on jauge avec le marque-page la quantité déjà lu de l'ouvrage, c'est toujours la même réflexion frustrante que l'on se fait : "Quoi ? Il ne me reste plus que ça !"

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Misères du désir

Voilà quelqu'un qui met ses tripes dans ses écrits, il y a tout à la fois quelque chose de célinien et quelque chose de "soralien" dans l'ouvrage d'Alain Soral, Misères du désir, éd. Blanche. On peut aussi y voir du Houellebecq, qui pense qu'en dessus de trente ans une femme n'est plus baisable.
L'auteur passe en revue les différentes options du désir dans notre société : option du cadre écrivain moderne, option banlieue, option femme, option "gays", rien n'est oublié. Mais aux vues du titre on aurait pu s'attendre à une analyse affinée de la sexualité, justement de cette misère du désir en général, alors que nous n'avons que la misère du désir de l'auteur. L'analyse socio-lacano-marxiste du titre ne se trouve pas dans le contenu, c'est une méthonymie du désir : le désir en général est celui de l'auteur.
La plume est vive, le langage volontairement populaire mais pas orphelin de style.
Nous sommes loin de la "nouvelle littérature" où des gens précieux et bien élevés parlent de cul avec des gros mots en espérant nous faire sentir la merde et qui ne réussissent qu'à dégager la puanteur de ceux qui ont du talent parce que le papa a des relations.
Soral donne des noms abruptement, il "balance" . Il se moque de choquer, il cherche même à choquer le "bobo". Tout le monde y passe, les politiques, le show-bizz, les littérateurs. Lucidité des relations hommes/femme, dans le microcosme parisien du showbizz (les femmes sont toutes des demie-putes et les mecs sont tous en quête de chair fraîche bonnes suceuses, réalité du showbizz, mais est-elle universelle ? Egalement lucidité politique. Ses analyses sont simples, abruptes, vraies :
"En poussant les femmes de la moyenne bourgeoisie française à ne plus faire de gosses, tandis qu'on faisait entrer massivement sur notre territoire -régi par la loi du sol- des pondeuses du tiers-monde qui tournent à une moyenne de sept, on s'attendait à quoi ?"
Pour Soral il n'y a pas de sujet tabou ou interdit, plus le sujet et tabou plus il joue iconoclaste :
"On est loin de la misère sexuelle et des gays d'aujourd'hui, qui ont réussi ce tour de force de transformer le plaisir de la fesse en morale et en militantisme [... ] Des homos d'hier aux gays d'aujourd'hui, on est passé de l'homosexualité comme subversion à l'homosexualité comme norme revendiquée."
Pas de la grande littérature, mais de l'écriture vivante, de celle qui vous fait l'effet d'une baffe dans gueule, juste pour vous réveiller. Même si Soral, comme beaucoup, sait très bien que nous sommes en fin de cycle.... Pas Céline, mais un côté célinien pas désagréable.

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Mon enseignement

 

Cet ouvrage réuni trois conférences que donna Jacques Lacan en 1967 et 1968 à un parterre de psychiatres. On aurait pu s’attendre à un langage médico-psychanalytique incompréhensible au vulgum pécus, hé bien non ! C’est un des paradoxes de Lacan que de tenir un langage ésotérique au commun des mortels et d’employer un langage clair aux spécialistes ! D’ailleurs l’ouvrage est paru dans la collection « les paradoxes de Lacan » A quoi bon faire semblant de s’étonner ?
Comment mieux résumer plus simplement qu’il ne le fait ce qu’est une psychanalyse ?
« - Malgré tout, si des gens s’engagent dans cette affaire infernale qui consiste à venir voir un type trois fois par semaine pendant des années, c’est tout de même que ça a en soi un certain intérêt. »
Puisque je vous dis que c’est lisible !
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