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La chronique
la page d'humour

Fiches de lecture de Q à Z
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Que dites-vous après avoir dit bonjour ? Dr. Eric Berne, éd. Tchou.

Royaumes de Borée (Les), Jean Raspail, éd, Albin Michel
Route (la) C.Mc. Carthy, éd de L'olivier

Sabotage amoureux (Le), Amélie Nothomb, éd. Albin Michel.
Sainte ignorance (La), Olivier Roy, éd. Du seuil
Séminaire Livre XVI (Le), Jacques Lacan, éd. Du seuil
Sept cavaliers... J. Raspail, éd R. Laffont
Science et la vie, (La) C. Allègre, éd. Fayard
Sire J.Raspail, éd. De Fallois, poche.
Si loin du monde Tavae, éd.Hoéditions
Statue du psychanalyste (La) A. Fratini, éd. Edilivre
Stupeur et tremblements, A.Nothomb, Le livre de poche
Soixante jours qui ébranlèrent l'Occident. B.Méchin éd.Albin Michel
Souvenirs pieux, M.Yourcenar, éd. Gallimard
Suite française, Irène Némirovsky, éd. Denoël
Surveiller et punir, Michel Foucault, éd. Gallimard.
Symbole perdu, (Le) Dan Brown, éd. JC Lattès

Télévision, Jacques lacan, éd. du Seuil
Trois chevaux, Erri de Luca, éd. Gallimard
Trois jours chez ma mère François Weyergans éd. Grasset
Triomphe de la religion (Le), J.Lacan, éd. Du seuil
Tyrannie de la pénitence (La), Pascal Bruckner, éd. Grasset

Un homme obscur, Marguerite Yourcenar, éd.Gallimard.
Un psychanalyste sur le divan, JD Nasio, éd.Payot

Village de l'Allemand (Le), Boualem Sansal, éd. Gallimard
Voyage d'hiver (Le) A. Nothomb, éd. A. Michel
Weygand, Bertrand Destremau, éd. Perrin
Zone, Mathias Enard, Actes Sud

 

 

 

 

Que dites-vous après avoir dit bonjour ?

Que dites-vous après avoir dit bonjour ? Dr. Eric Berne, éd. Tchou Voici un exposé de ce qu'est l'analyse transactionnelle par l'inventeur de la méthode. L'analyse transactionnelle se veut tout à la fois une théorie de la personnalité et une méthode de psychothérapie qui peut autant se pratiquer en privé qu'en groupe. Elle conçoit l'individu avec un "moi" divisé en trois parties : un Enfant, un Adulte et un Parent habitent le sujet. A ce moi triparti s'ajoutent les mythes, les contes et les "slogans" parentaux que le sujet se collecte depuis l'enfance et qui influeront sur son devenir par des "scénarii" que le sujet va se construire. Comme la méthode est née aux USA, une vision pragmatique est introduite par l'auteur et le sujet aura donc un scénario de perdant, de non-gagnant ou de gagnant qui, bien plus qu'influencer son avenir s'imposera à lui.
Issue du freudisme, l'analyse transactionnelle emploie peu les notions "d'inconscient" de "Surmoi" de "fantasmes" ou d'autres termes usités dans la psychanalyse traditionnelle. Alors que l'analyse freudienne demande un investissement intellectuel, une capacité de discernement et demeure sélective par l'environnement, l'intelligence et l'âge du candidat à l'analyse -une analyse ne s'entreprend plus passé un certain âge- l'analyse transactionnelle ne s'impose pas ces limites. La démarche est radicalement différente de la psychanalyse : on entreprend une analyse transactionnelle pour guérir, le "mal-être existentiel" n'existe pas dans l'analyse transactionnelle qui ne s'encombre pas de questions métaphysiques, le vocabulaire psychiatrique y est omniprésent, le "thérapeute" n'est pas invisible et réfugié dans une neutralité bienveillante : il remplit un dossier médical et un dossier psychiatrique du patient, ces dossiers circulent d'un thérapeute à l'autre, le thérapeute intervient dans le processus analytique, en s'adressant tour à tour à l'Enfant, à l'Adulte ou au Parent qui sont dans le patient, en donnant l'autorisation de passer à un acte salvateur. Comme un dossier "médical" et "psychiatrique" existent on peut se demander ce qui reste de la confidentialité de l'analyse, si ce n'est la composante de la dénomination.
Différente de l'analyse classique, en est-elle plus efficace ? Le but de l'analyse transactionnelle est d'adapter le sujet à son environnement, comme elle est une thérapie dirigée, nul ne doute que des effets positifs puissent se manifester de façon assez rapide. Sont-ils durables ?
La question est là, pour certains il est fort possible que cette méthode se révèle efficace comme peut parfois se révéler efficace toute forme de thérapie ou d'activité culturelle lorsque le sujet s'y investit suffisamment. Quant à la théorie de la personnalité qu'elle propose, elle est relativement, pour ne pas dire extrêmement, pauvre. L'analyse transactionnelle est un héritage détourné du freudisme de la deuxième topique. On reconnaît aisément les instances freudiennes qu'elle tente de dissimuler à travers son vocabulaire "novateur" et la "trifonctionnalité" qu'elle propose du psychisme. Elle n'apporte pas grand-chose de neuf sur la connaissance de l'humain et de sa psychologie. Le chercheur et l'observateur restent sur leur faim et pas question d'y chercher une pulsion d'appétence ou de cannibalisme : elle ne va pas aussi loin, elle se contente de schémas non définis, de concepts mal élucidés, mais qui font force de foi. Bref, du "freudisme" américanisé à la petite semaine. Si les "non dupes errent" il est difficile d'être berné par le Dr. Berne.

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La route
Prix Pulitzer 2007

C’est toute une ambiance que nous introjecte Cormac Mc Carthy avec La route, éd. de L’olivier, coll. Point. L’errance post nucléaire d’un homme et de son fils et ils poussent un caddy de supermarché et on ne sait pas trop où ils vont et ils vont vers le Sud et ils font de mauvaises rencontres. Il y a des méchants et ces méchants mangent les enfants et les autres adultes et ils sont cannibales. Tout le récit raconte l’aventure de quelques kilomètres parcourus par ces deux personnages et ils en rencontrent quelques autres et ils se battent et ils cherchent à manger dans le froid et la pluie et la neige qui tombe et qui se mêle aux cendres qui tombent sans arrêt. Quelques erreurs grossières illustrent le récit car il n’y a plus d’oiseaux et à la page 132, après avoir trouvé dans un abri, des bocaux de nourriture en conserve, le papa sert à son fils des œufs brouillés et comme la catastrophe nucléaire a quelques années on se demande bien d’où viennent ces œufs et ils les mangent. Le style littéraire ressemble à cette critique et si vous trouvez qu’il y figure trop la conjonction « et » vous avez peut-être raison mais cela n’est pas vraiment gênant pour la lecture, sinon le livre aurait, bien que lu, passé à la trappe et je n’en aurai pas parlé. C’est l’ambiance que nous sert l’auteur qui est importante. C’est pas mal et c’est lisible.
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Les royaumes de Borée

(éd. Albin Michel). Les pauvres et les cul-terreux sont à leurs places et heureux de l'être. Les officiers et les nobliaux ont la force du caractère que le ciel leur alloue dès la naissance, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Mais parfois il y a des méchants nobles qui gouvernent mal, et là, c'est la catastrophe.
Heureusement les gentils remplacent les méchants ainsi les vilains et les manants sont encore plus heureux quand leurs bons maîtres sont des gentils bons maîtres.
Le tableau social est planté. C'est du Raspail. Reste l'aventure et les descriptions du Nord mythique, c'est aussi du Raspail, et là on est pas déçu : les immensités blanches, les morts par le froid, l'héroïsme et la lâcheté des hommes si bien racontés. Les scènes de guerres sont sobres mais glaciales, réalistes, sans adjectifs inutiles. Le lecteur se promène avec plaisir dans une "intrigue" bien menée du XVIIéme siècle à nos jours à travers un petit bonhomme intéressant qui apparaît furtivement dans les arbres des forêts nordiques pour finir dans une chute humainement sobre, poignante de simplicité.

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Le sabotage amoureux

Quand ils écrivent comme ça, les saboteurs sont sympathiques. Se lit d'un trait comme une bonne bière fraîche quand on a soif. (Amélie Nothomb, Le sabotage amoureux, Albin Michel, le livre de poche) on retrouve toute la fraîcheur et la force de "La métaphysique des tubes" dans ce petit roman inclassable de 124 pages. Car tout est contenu dans ces quelques feuillets : la poésie, le rêve, l'enfance, la passion. Après l'avoir lu, on passe plus de temps à s'émerveiller sur le livre que le temps qu'on a passé à le lire. Un regret cependant et un seul : à certains passages on devine que l'auteur a fait une relecture et des corrections ; des reprises, des arrangements sur la voix enfantine ont vu le jour. Sans quoi la plupart du temps on a l'impression que la poésie coule naturellement sous la plume de l'auteur, que les métaphores enfantines surgissent spontanément de sa bouche. On se dit : "tiens, ce morceau là, j'y reviendrais" et arrive l'autre morceau, l'autre explosion poêtique, l'autre métaphore, qui font que l'âme se goinfre car elle est là pour ça...
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La sainte ignorance

Une petite perle dans le genre « novlangue » pour  les adeptes de la pensée newage : « La sainte ignorance » d’Olivier Roy, éd. Du Seuil.
En 280 pages très « politiquement correctes » l’auteur développe une thèse sur les religions qui vaut son pesant de cacahuètes et d’hosties non consacrées. Olivier Roy fait rentrer un cheval dans un van et nous affirme que l’ensemble est un véhicule hippomobile. On est tenté d’y croire, d’autant plus que l’auteur n’est pas un débutant dans ce genre d’écriture, il est même un « spécialiste » des religions.
L’essayiste part du principe que la religion est une marchandise en attente de consommateurs et essaie d’adapter l’offre du marché religieux à la « demande » actuelle. Pour avaliser son idée l’auteur développe la thèse des « marqueurs ». Il existe dans nos sociétés occidentales et selon O. Roy, dans toutes les sociétés,  des marqueurs religieux et des marqueurs culturels. C’est là que le lecteur moyen a du mal à suivre l’essayiste : sans jamais vraiment développer ce concept de « marqueurs » avec des exemples concrets, l’auteur axe tout son écrit sur cette hypothèse. Pour lui « toute religion est incarnée dans une culture » (P. 239), car :

 « Ce qui fonde une société, c’est la souveraineté, à commencer par l’appropriation d’un territoire. Une société est d’abord politique, jamais religieuse, même si elle mobilise la religion dans la légitimation des rapports au pouvoir. » P. 146

Il semblerait que dans l’histoire des principales religions monothéistes, -pour ne citer qu’elles- ce soit le contraire qui se soit produit : c’est l’élément religieux qui donne une structure politique pour  permettre la diffusion religieuse. Les juifs ont d’abord eu une religion avant d’avoir une terre, ibidem pour l’Islam,  Dar al-Islam  et Dar al-Harb, que l’auteur ne semble pas connaître dans son ouvrage. La chose est également valable pour le  christianisme : la religion s’est diffusée à partir de la Palestine romaine et elle est devenue en Occident la culture universelle des terres « conquises » et la structure politique (le Roi était roi par la volonté de Dieu.)
Ibidem pour le bouddhisme, né en Inde et qui s’est diffusé ensuite dans toute l’Asie avant d’en devenir le reflet. Bref une Sainte ignorance, feinte ou voulue, comme l’indique le titre de l’ouvrage !
Mais l’auteur n’est pas dupe, avant de ployer les religions dans une vision idéale soft et new age, il est bien obligé de reconnaître que :

« Le christianisme, comme toute religion, n’est pas soluble dans la philosophie et se situe au- delà des cultures où l’historien comme l’anthropologue voudraient le ramener ». P. 14

Donc, si l’on en croit ses propos, la religion est tout de même ce qui fonde la culture, car même en remuant beaucoup la rhétorique pour philosopher droit la logique reste la logique : le christianisme ne se situe pas « au-delà » des cultures : il est la base et le fondement de la culture occidentale. Certes l’Occident a trois mères : Rome, Athènes et Jérusalem, certes le paganisme européen reste inscrit sous les strates de la culture chrétienne, mais l’auteur n’abordant pas le sujet il est inutile de compliquer davantage les choses en faisant intervenir cette réalité typiquement européenne.
Heureusement qu’O. Roy a pris la précaution dans son avant-propos de prévenir le lecteur qu’il est de culture protestante et qu’il le revendique. Il est vrai que chez les protestants les « marqueurs religieux » sont beaucoup moins prégnants que les « marqueurs culturels ».
Car il y a une différence fondamentale entre les religions dont nous parle l’auteur dans cet ouvrage, c’est leur contenu.
L’auteur, victime d’une métonymie,  ne voit que des contenants sans jamais voir le contenu et c’est ainsi que l’Islam, le Catholicisme, le Bouddhisme, le Judaïsme ne sont que des options religieuses sans histoire ni historique propres en train de se concurrencer sur un hypothétique marché. Pour lui,  chaque religion est identique à sa concurrente, toutes contiennent la même quantité de foi, cette foi à la même propriété plastique et peut s’adapter à toutes les cultures et à toutes les ethnies.

A partir de là il est difficile de différencier les marqueurs religieux des marqueurs culturels, bien sûr, il est une évidence que dans des populations ayant comme dénominateur commun la religion il existe des « marqueurs » linguistiques, géographiques, climatiques etc. mais ces marqueurs semblent bien légers pour avaliser la thèse d’Olivier Roy, d’autant que  ce sont beaucoup plus que des « marqueurs » qui structurent l’appartenance des individus à une société donnée :

"Dès avant que des relations s'établissent qui soient proprement humaines, déjà certains rapports sont déterminés. Ils sont pris dans tout ce que la nature peut offrir comme support, supports qui se disposent dans des thèmes d'opposition. La nature fournit, pour dire le mot, des signifiants, et ces signifiants organisent de façon inaugurale les rapports humains, en donnent les structures et les modèlent."
(J. Lacan, Le Séminaire, Livre XI, p. 23 éd. Du seuil 1964)

Et ces « signifiants » sont extrêmement  nombreux dans le discours religieux qui baigne les individus dès leur naissance. Car O. Roy ne prend pas la mesure des religions sur « les âmes » : les lieux, les saisons, l’espace et le temps sont religieux et ne donnent pas des marqueurs aux individus, ne se contentent pas de les « marquer », mais imprègnent totalement leur psychisme, leurs perceptions du réel, leurs modes de pensées.
 
En bon auteur, qui se veut sociologue, l’écrivain n’oublie pas de citer son ancêtre, protestant comme lui, un des pères de la sociologie moderne (Max Weber) en oubliant que Weber, dans son immense ouvrage « L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme » (Gallimard) a d’abord analysé avec finesse le discours protestant avant d’en tirer une conclusion percutante : « oui, le protestantisme tient un discours différent du catholicisme, il permet d’autres développements à partir du même message originel ».
C’est justement grâce à Max Weber qui différencia nettement ce qu’est une secte de ce qu’est une religion (la secte ne se pliant pas aux conventions que lui impose l’Etat, la religion elle s’y pliant) que la limite est nettement tracée, et depuis longtemps entre les deux définitions. Ce que ne semble pas avoir aperçu O. Roy qui  essaie d’axer cette différence sur une toute autre dimension :

« La frontière n’est pas très nette entre nouvelles formes de religiosité, nouvelles religions et sectes. [  ] C’est pourquoi les sociologues des religions ont créé le terme NMR (Nouveau Mouvement Religieux) » P. 28

Mais là où Olivier Roy se trompe dans une « Sainte ignorance » ou nous trompe sans aucune vergogne est dans ce qui constitue l’origine, le message et la finalité des religions :

« ...cette seconde conception transparaît dans l’usage fréquent  chez les musulmans du concept de « culture musulmane », où il s’agit de normes culturelles concernant la famille, la mixité, la pudeur, la nourriture etc. ; elles différent de ce que les orientalistes occidentaux entendent par culture islamiste, laquelle inclut l’art, l’architecture, la vie urbaine etc . » P. 44

Cet argument concernant la culture est très juste, mais il n’est pas le propre de l’Islam, il est valable pour toutes les religions avec des avenants au contrat pour le Christianisme et le Bouddhisme.
Chaque religion fournit un « packaging » à l’individu pour sa famille, son identité sexuelle, ses rapports sociaux, son rapport à l’argent. C’est le cas du Protestantisme, du Judaïsme, de l’Islam. Dans aucune de ces grandes religions la fortune, la réussite n’est condamnée, chez les protestants, comme l’a montré Weber, elle est même un des effets visibles de la grâce.
Un bémol cependant est à noter pour le Catholicisme et le Bouddhisme : le premier prêchant le renoncement à la vie terrestre et le second le détachement de ses désirs (Le Sermon sur la montagne et les Quatre Saintes Vérités du Bouddha) Ces deux religions qui ont un clergé régulier inventèrent chacune une voie de secours pour les laïcs : le clergé séculier et la doctrine chrétienne pour les catholiques et le Grand véhicule pour les bouddhistes. Car toutes les religions n’ont pas le même message et n’attribuent pas au sujet la même finalité, ce qui semble une évidence et met à mal la thèse de l’auteur selon laquelle les religions s’auto-formatent pour l’export.

En bon protestant, Olivier Roy n’hésite pas à faire intervenir le Saint Esprit :

« Une religion peut surgir au sein d’une culture de deux manières : de l’intérieur par une révélation (Jésus, Mohammad), ou de l’extérieur par l’action prosélyte sous toute ses formes. » P. 55

Pour se « révéler » à un adepte, une religion doit d’abord avoir été diffusée. Il paraît difficile, en sociologie, d’utiliser le terme de « génération spontanée » ou d’intervention divine. Les « missions » sur lesquelles s’attarde l’auteur en sont une évidence flagrante.

Bien qu’il use abondamment du concept de « religion chrétienne », l’auteur est bien obligé de revenir constamment sur la différence fondamentale entre les deux grandes religions chrétiennes occidentales :  

« La culture occidentale n’a pas de valeur en soi, mais seulement dans le sens où elle a été, et reste, inspirée par le christianisme. Ce n’est pas la culture occidentale que l’Eglise défend alors, c’est la culture occidentale chrétienne. La christianisation participe bien d’un progrès civilisationnel [  ] mais il ne peut y avoir, pour les catholiques, de civilisation laïque et séculaire. » P. 84

Ite missa est. Existe-t-il une culture occidentale non-chrétienne ? La culture que contenaient les religions païennes (nordique, celtique) est depuis belle lurette enfouie sous les marqueurs chrétiens. (Mégalithes sur lesquelles ont été dressés des calvaires, divinités locales travesties en saints régionaux, fêtes des solstices transformées en fêtes chrétiennes  etc.) C’est là que, paradoxalement, nous sommes légitimement en droit de nous interroger sur les « marqueurs culturels » et les « marqueurs religieux » qui ne trouvent jamais de développements solidement illustrés. Mais l’auteur reconnaît par ces propos la différence fondamentale et la différence de finalité entre catholicisme et protestantisme.
Enfin, la conclusion s’approche et la grossière erreur utopiste souhaitée par les « hommes de bonne volonté » -et personne ne doute que l’auteur en fasse partie-, se manifeste au grand jour : un multiculturalisme est possible si les obscurantismes sont battus en brèche :

« La conviction que les membres d’une société doivent tous partager explicitement un même système de croyances est absurde et ne peut conduire  qu’à une coercition permanente. » P.147

Au risque de rester et de passer pour un atroce freudien réactionnaire, la chose semble difficilement envisageable. Car hélas, si la religion est le fondement même d’une civilisation, elle est donc par essence exclusive ; aucune société, à ce jour, ne s’est durablement bâtie sur la laïcité plurielle , la religion plus que la politique et avant elle, quoiqu’en dise l’auteur, est ce qui fonde la pérennité du groupe humain.

Sur la fin de l’ouvrage, l’auteur revient amplement sur le concept de « produit religieux » façonné pour le marché et use pour cela du terme de « formatage » que s’imposeraient les religions. (Pour les fruits et légumes on parle de calibrage). Ce formatage est surtout destiné à l’exportation, de façon à faciliter l’extraterritorialité des religions :

« Le formatage, même s’il est vécu comme violence, se fait sur un critère d’acceptabilité plus ou moins négociée. Ce qui paraît barbare (l’amputation) ou simplement bizarre (le voile des musulmanes, le turban et le poignard sikh) est soit rejeté d’emblée, soit négocié [   ] Au-delà des signes du religieux, le formatage vise précisément à penser les religions dans le semblable plutôt que dans l’hétérogène. » P. 242/243

Il est vrai que le catholicisme, au cours de ce dernier demi-siècle a changé de fond en combles sa liturgie, la langue de cette dernière, sa doctrine et sa prédication qui étaient pluriséculaires. Ce n’est pas le cas pour les autres religions et rien ne permet de penser que cet « aggiornamento » à l’acide sulfurique a été fait dans le but « d’exporter » la doctrine qui n’est plus que l’ombre d’un calvaire breton en ruine un soir orageux de nouvelle lune.
Les « marqueurs religieux » étant plus faibles dans le Protestantisme et le Bouddhisme, on usera de ces concepts d’auteur pour être une fois d’accord avec lui sur la préparation à l’export de ces deux religions.
Dans la série « Grandeur et décadence de la pensée correcte » Olivier Roy reste une illustration lisible.
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Sept cavaliers...

Le titre c’est déjà du Raspail : « Sept cavaliers quittèrent la ville au crépuscule par la porte de l’Ouest qui n’était plus gardée » éd. R. Laffont.
Un mélange des thèmes de « Sire » et du « Camp des saints » sur fond de « Septentrion ». Tout l’univers de Raspail, mais fait d’emprunts à d’autres ouvrages, on retrouve aussi un peu des « Royaumes de Borée » les talons qui claquent, des saluts militaires dans un pays impossible à situer, européen peut-être, aux confins des frontières avec l’Orient en tous cas, une histoire bien montée, presque assez bien mise en place et qui finit en queue de poissons.
L’ennui avec Raspail c’est que j’ai commencé par les meilleurs.
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La science et la vie

C’est un journal de réflexions, d’évènements et d’explications pédagogiques que nous offre Claude Allègre dans La science et la vie, éd. Fayard.
Curieuse forme de journal en vérité qui s’étale sur une année de février 2007 à janvier 2008. Personnalité haute en couleurs, Claude Allègre parle ici de sa vie politique et de son activité de scientifique. Il parle très peu de son combat contre les écolo-gaucho-tralala et les milliardaires qui se fourrent encore plus de fric dans les poches avec ça, bref il tape sur les terroristes du climatologiquement correct. Mais si la totalité de l’ouvrage n’est pas consacrée à ce combat, il en parle un peu quand même et nous apprend que le fondateur du GIEC, John Houghton, est un fondamentaliste protestant qui voit dans l’augmentation du CO² la preuve du péché originel (p.318).
C. Allègre parle aussi de son enfance au tout début de l’ouvrage et s’il nous dit détester les fondamentalistes américains, en bon protestant ou d’origine telle, il écrit avec une certaine fierté qu’un de ses ancêtres fût roué en place publique pour ne pas avoir abjuré, et C. Allègre, tout naturellement, comme tous les protestants ou se voulant tel se réclame agnostique de tendance athée. (p.292) Un classique en sorte, mais déjà vu. Un autre de ses ancêtres fût déporté comme « républicain irrécupérable » (p.17), enfin ses parents furent des résistants de la première heure. Dès le début de l’ouvrage l’auteur nous assure qu’il est de gauche, ancré naturellement à gauche même s’il est un admirateur ouvert et un conseiller officieux du président Sarkozy. Bref, une « bio » très correcte.

Qu’on ne s’y méprenne pas : l’ouvrage vaut vraiment la peine d’être lu dans sa totalité, d’ailleurs il se dévore ! Si mon introduction semble attaquer l’auteur je partage une grande part de ses analyses. Mais le personnage, du moins dans cet ouvrage, manque de psychologie, d’humanité et de cette bonhomie qui rendent les choses plus faciles à lire lorsque ces ingrédients sont présents dans l’écriture.

L’auteur, tout au long de l’ouvrage se réclame démocrate et républicain, mais reconnaît que notre modèle occidental de démocratie n’est peut-être pas exportable vers les pays en voie de développement (p.283). En bon démocrate décideur il oublie que dans nos démocraties, lorsque les électeurs votent mal on les fait revoter, exemple : le Danemark avec Maastricht, l’Irlande avec la Constitution Européenne. En France, M. Sarkozy a juste changé la Constitution française pour faire passer le Traité de Lisbonne (avec la complicité des parlementaires socialistes, ne l'oublions pas !) Claude Allègre qui remonte pourtant parfois l’histoire actuelle jusqu’à De Gaulle ou Pompidou n’est peut-être pas au courant. Faut dire qu’il est un européen convaincu... ou alors il manque un peu de lettres et ignore le sens et l’origine du mot « démocratie ». Disons que Claude Allègre ment, et il ment allègrement par omission...

A la page 256 l’auteur nous donne une éclatante démonstration de son manque de psychologie qui pourrait être pris pour du cynisme, citant un cheminot, gréviste pour les retraites, il commente :
« (Le cheminot) : -Nous qui avons de maigres salaires, on nous retire le petit avantage que nous avions : c’est un scandale, nous qui gagnons une fois et demi le SMIC, comment peut-on nous traiter de privilégiés ?
(C. Allègre) -Je réalise en l’écoutant que ce dernier reste dans la logique éternelle du « il n’y a qu’à prendre l’argent des riches. »  Il ignore la démonstration fameuse de l’économiste Jean Fourastié qui explique que, si l’on redistribuait équitablement l’argent des riches, le revenu moyen augmenterait de très peu. Car, malheureusement, il y a peu de riches et beaucoup de pauvres.»

Claude Allègre, brillant scientifique et universitaire n’a certainement jamais eu un SMIC et demi pour faire vivre sa petite famille et ne sait pas que les cheminots lisent rarement Jean Fourastié. L’ennui avec les politicards de la Cinquième, c’est qu’ils prennent des gants pour tout. Sous la Troisième on était plus direct : « Il faut faire payer les pauvres, ils sont plus nombreux », disait J. Caillaux, ministre des finances de Clémenceau. En ce temps-là on n’avait pas besoin de se justifier « scientifiquement » à toutes les sauces et Caillaux était de tendance socialiste au début de sa vie politique.... Claude Allègre aussi.

L’auteur nous rappelle, avec raison, (p.317) que 2007 fut un hiver très froid et que les terroristes adeptes du global warming n’en ont pas pipé mot.
Enfin, pour finir, C. Allègre nous invite à lire le livre d’un biologiste qui démontre scientifiquement (sic) que les races humaines n’existent pas. Car Claude Allègre veut bien être climatiquement incorrect, mais pour le reste on a la synthèse du prêt à penser politiquement correct : libéral, social, sarkoziste et européen... Donc si vous voyez une différence entre un zaïrois et un suédois c’est que vous avez un problème de vue et qu’il faut aller consulter.

L’ouvrage se termine par un plaidoyer pour les crédits de la recherche dans lequel sont ménagés la chèvre et le chou. Plus de 300 pages de bonne lecture en tout cas. On en ressort un peu moins ignorant qu’à l’entrée, un livre à lire, incontournable et de plus le personnage reste sympathique. Mais que demandent les lecteurs ?
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Sire

Certes le roman est aussi vide de sens que de réalisme : un Bourbon imaginaire allant se faire sacrer à Reims en 1999. Jean Raspail, Sire, le livre de poche éd. De Fallois. On ne sait pas si c'est un polard ou du cochon. Comme d'habitude chez Raspail, les nobles sont supérieurs aux quidams ordinaires par la grâce de Dieu et le sang particulier qui coule dans leurs veines. Ce qu'il faut retenir de "Sire" c'est la documentation historique importante (toujours chez Raspail !) dont s'est pourvu l'auteur et les scènes du passé qu'il met en corrélation avec cette documentation : le sac des sépultures des Rois de France à Saint-Denis, lors de la Révolution, quand la folie prenait le visage des foules hostiles. Raspail écrit bien, très bien même. Le mérite de l'ouvrage se situe dans ses phrases lapidaires et criantes de vérité :
"Dans la relève bâclée des générations, la mémoire avait glissé des mains comme un fardeau qu'on abandonne."
On est loin de "L'anneau du pêcheur" mais le moment reste agréable.

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Si loin du monde

 

Un bon récit, une aventure humaine avec "Si loin du monde" par Tavae aux éditions Ohéditions. Un pêcheur tahitien, comme tous les matins partit pour pêcher, mais ce matin là, son bateau tombe en panne et il dérive.
Il dérive, il dérive et il dérive encore... Non pas huit jours, ni quarante, mais il va dériver pendant 4 mois, 118 jours exactement ! Et après avoir parcouru plus de mille kilomètres il aboutira enfin sur une terre et sera enfin secouru !
Ce sont ces 4 mois qui sont racontés au fil des jours avec les poissons qu'il mangea crus pour se nourrir, ses découragements, ses espoirs, sa foi. Car sans la foi cet homme serait certainement mort. Poignant, humain et assez bien écrit.

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La statue du psychanalyste

Voici un petit ouvrage d’Antoine Fratini (100 pages, 12 €) intéressant à lire, « La statue du psychanalyste » éd. Edilivre http://www.edilivre.com l’ouvrage porte en sous-titre « Quel statut, quelle liberté ? » L’auteur s’interroge sur la nature de la psychanalyse, de ses buts et donc en vient tout naturellement au statut du psychanalyste. Vaste programme que 100 pages ne suffisent pas à épuiser, mais l’esquisse d’un débat est lancée. La psychanalyse est-elle une « science de l’Inconscient », une psychothérapie ou un « simple » moyen de connaissance de soi ?

Si l’auteur a des vues justes sur le sens de l’analyse : « Le savoir qui importe ne se situe plus du côté du spécialiste, mais du côté de l’analysant. C’est là, et pas ailleurs, qu’il convient d’aller le chercher. » On ne peut pas le suivre lorsqu’il nous énonce que :
 « En ce sens, on peut dire que l’analyste s’attache à ponctuer le discours de l’analysant de manière à ce que celui-ci l’entende ». Certes, l’expression est heureuse, l’analyste pose effectivement des balises au discours de l’analysant, s’il ne le faisait pas, l’un et l’autre s’empêtreraient souvent. Mais le « balisage » du parcours, notamment par la pose de "mauvaises" balises, dont nul analyste n’est exempt, peut également ouvrir la porte au contre-transfert, cela est peut-être un mal nécessaire. Car s’il n’y a pas d’analyse sans transfert il n’y a pas non plus d’analyse sans contre-transfert et on a parfois l’impression qu’A. Fratini oublie les effets du contre transfert : « L’analyste n’impose donc pas ses idées et ne tend de piège à personne. » C’est là, justement, faire peu de cas du contre transfert et du désir de l'analyste dans la cure.

Vu la taille modeste du livre, ce dernier pèche par manque de développement, mais son mérite reste entier en ce qui concerne l’abord de la critique épistémologique de la psychanalyse. A. Fratini se pose en défenseur d’une science de l’Inconscient et revendique un statut scientifique à la psychanalyse :

« La critique, si souvent convoquée par nos détracteurs, selon laquelle la psychanalyse nierait le principe de falsification de Popper est en réalité arbitraire car elle attribue à l’analyste une attitude qui n’est pas la sienne. [...] Selon ces détracteurs, ce qu’il manquerait donc à la psychanalyse pour être véritablement scientifique est la vérification expérimentale de ses hypothèses ».

Quoi qu’on en dise ou pense, l’analyse n’est pas reproductible car chaque analyse est unique, mais cela, A. Fratini ne le conteste pas. La psychanalyse n’est pas non plus observable par un tiers. Ce qui pose problème et la classe hors de la science, selon les classifications de K. Popper, c’est qu’elle n’est pas réfutable :
La contestation du patient aux dires de l’analyste peut être envisagée comme une résistance de l’analysant. De même pour l’épistémologiste contestant une hypothèse analytique : Freud en a donné l’exemple au sujet de la castration dans les commentaires de l’analyse du petit Hans.
La boucle est ainsi bouclée, le refus de l’interprétation ou de l’hypothèse entraine une nouvelle interprétation qui vient se greffer et donner sens pour l’analyste à la « résistance » du patient ou du philosophe. La psychanalyse n’est donc pas réfutable, n’étant pas réfutable elle n’est pas scientifique. Mais est-ce une chose très importante pour son statut que la psychanalyse soit véritablement scientifique ou pas aux regards des critères de Karl Popper ?
Il semblerait que oui, du moins pour les autorités, qui, en France comme en Italie et en Europe en général veulent à tout prix légiférer sur le statut de la psychanalyse.
Un statut devient indispensable afin de ne pas avaliser les pratiques douteuses que masquent parfois le terme de psychanalyse. C’est à cette question qu’A. Fratini consacre une partie de son ouvrage en passant en revue les enjeux et les risques d’une législation éventuelle.
Il écrit à ce sujet :

« Ce qu’il manque à l’exercice de la psychanalyse aujourd’hui est à mon avis un encadrement juridique clair et précis qui puisse d’une part préserver les analystes d’éventuels coups bas de la part d’un Ordre (des psychologues ou des psychothérapeutes), et d’autre part qui leur permette non seulement d’opérer dans une condition de légalité, mais aussi de bénéficier finalement d’un titre. »

Comment fonder un Ordre qui n’encadre pas, ne délivre pas de sanctions, ne supervise pas ? Et par qui cet ordre sera-t-il représenté ? Car il a toujours existé un Ordre des psychanalystes, c’est leurs propres associations, les psychanalystes eux-mêmes qui dépendent de leur organisme d’affiliation !
Or, les choses sont en train de changer et les législateurs veulent structurer les associations en les regroupant derrière un Ordre officiel. C’est le rôle des élus et des gouvernements de légiférer sur ce qui peut s’avérer parfois des pratiques douteuses et c’est le rôle des associations de psychanalystes de se défendre contre la création d’un Ordre qui peut les broyer.
Dans la constitution de cet Ordre, seules les grandes institutions analytiques tireront leur épingle du jeu, il en est ainsi depuis le commencement : "malheur aux vaincus !" Ici les vaincus de demain sont les « faibles », les petits groupements qui manquent de puissance, de relais médicaux, de pouvoirs d’influences.

Ouvrage instructif en tout cas que ce petit opuscule qui pose les bases d’un débat et qui en fournit les premiers éléments.
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Stupeur et tremblements

Je n'avais pas encore lu "Stupeur et tremblements" d'Amélie Nothomb, Le livre de poche. Ce n'est pas un roman, c'est une tranche de vie que nous offre Amélie Nothomb, une véritable plongée dans l'entreprise japonaise avec ses codes et usages, les personnages sont décrits pas inventés. Les 186 pages se lisent d'un trait. C'est une bonne cuvée, on peut y aller sans crainte.
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Soixante jours qui ébranlèrent l'occident

 

N'ayant pas le premier, j'ai relu les deux derniers volumes. Une belle plume. Non seulement l'auteur avait une grande culture, mais il était également un grand mélomane, musicologue et un pianiste émérite.
Ce n'est pas une thèse ni un roman qu'a écrit Benoist Méchin avec ces "soixante jours qui ébranlèrent l'occident", éd. Albin Michel, mais un journal de bord situant heure par heure et jour après jour la situation politique et militaire de la France. Pour ce faire il utilise au quotidien les mémoires de tous les participants de la tragédie, les documents officiels, les comptes rendus, les archives de procès etc...
Comme d'ordinaire l'Histoire est écrite par les vainqueurs, il est assez plaisant d'avoir l'éclairage écrit par un vaincu. (Benoist Méchin fut incarcéré en 1944 et condamné à mort en 1947 pour son rôle dans le gouvernement de Vichy). Sa peine fut commuée en travaux forcés, il sera emprisonné jusqu'en 1954 date à laquelle il est gracié par Vincent Auriol.
Chose curieuse, quand elle est écrite au jour le jour à l'aide de documents officiels, l'histoire prend un autre éclairage que l'histoire officielle. L'auteur termine ses ouvrages par une galerie de portraits qui ne manque pas de sel. Enfin et c'est assez intéressant à la fin de l'agenda tragique il se hasarde dans un chapitre intitulé "une campagne : trois guerres" à imaginer qu'elle aurait été la situation si les troupes allemandes avaient poussé leur avance... Il est possible de refaire l'histoire à partir de l'Histoire.

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Souvenirs pieux

On lit Marguerite Yourcenar comme on déguste un vieil alcool : près de la cheminée, en prenant tout son temps. "Souvenirs pieux", chez Gallimard n'échappe pas à la règle. La froideur descriptive associée à la beauté de la langue fait qu'on se demande toujours si ce vieil alcool a des relents de prunes, de poires ou de mirabelles. Ca ne veut pas dire qu'il manque de cachet, ça signifie qu'il est mystérieux et que c'est notre palais qui est pris en faute par son manque d'éducation. Le livre commence par la naissance même de l'auteur qu'elle décrit froidement :
"J'avais traversé Fernande ; je m'étais quelques mois nourrie de sa substance, mais je n'avais de ces faits qu'un savoir aussi froid qu'une vérité de manuel…" Dans Souvenirs pieux, Yourcenar promène sa plume chez ses ancêtres, ils prennent vie et s'animent sous nos yeux ; la lucidité de l'auteur glace parfois :
"Elle était d'un temps et d'un milieu où non seulement l'ignorance était pour les filles une part indispensable de la virginité, mais où les femmes, même mariées et mères, tenaient à n'en pas trop savoir sur la conception et la parturition, et n'auraient cru pouvoir nommer les organes intéressés." Lucidité des époques antérieures, mais aussi de la nôtre : "Des saintes personnes, qu'eût suffoquées le moindre mot jugé indécent échangeaient volontiers, au salon, des détails hideux ou sales concernant des agonies. Nous avons changé tout cela : nos amours sont publiques ; nos morts sont comme escamotés." Il y a quelque chose de dionysiaque dans la description : "De l'autre côté de l'étang, par delà les perspectives déjà diminuées du parc, des cheminées d'usines vomissaient leurs offrandes aux puissances industrielles…" A savourer sans modération….un vieil alcool à la main, près de la cheminée.

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Suite française
(Prix Renaudot 2004)

C’est à une promenade dans l’exode de 1940 que nous invite Irène Némirovsky (en folio chez Denoël) avec Suite française. Tout à la fois un roman intimiste et social cette Suite française est bouleversante. L’exode y est très bien décrit, mais plus encore que les personnages, très nombreux, qui composent la Suite, (Tempête en juin) on retrouve dans la partie deux, (Dolce) une histoire croisée entre un officier allemand logeant dans une maison française et la sous-maîtresse de la maison qui a un mari prisonnier en Allemagne. La vraie maîtresse de maison étant la belle-mère. Des chassés-croisés, des sentiments de conflits personnels, de répulsions et d’attirances envers l’envahisseur... Des détails riches et documentés sur la vie quotidienne de l’occupation. Bref de la très bonne littérature qui vaut aussi par la personnalité de l’auteur : fille d’un riche banquier juif exilé après la Révolution d’octobre, elle fut arrêtée, déportée à Auschwitz d’où elle ne revint jamais. La correspondance qui figure entre elle et son Mari (également mort dans un camp) et les diverses tentatives de ce dernier pour essayer d’éviter le pire sont plus que poignantes : à peine supportables. Si les larmes ne viennent pas, c’est qu’on a conscience que la connerie humaine est incommensurable, immense. L’énorme bêtise à front de taureau...
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Surveiller et punir

Le livre m'est retombé sous la main et j'y ai relu les quelques notes que j'avais prises lors de sa lecture. Michel Foucault, Surveiller et punir, éd. Gallimard. Décidément Foucault écrit bien, ce n'est pas donné à tous les essayistes. Quand il démonte un discours tous les rouages tombent les uns après les autres. Dans cette analyse, il s'applique à faire une généalogie de la morale moderne à partir d'une histoire politique des corps. Son analyse est la suivante: dans l'ancien régime, quand l'acte mettait le sujet hors la loi c'est sur son corps appartenant au monarque que ce dernier se payait et que la réparation s'inscrivait. L'ouvrage commence par le supplice de Damien, presque insupportable de vérité dans la description de la cruauté et se poursuit en décortiquant l'éducation par la contrainte, le dressage des corps, leurs surveillances. Comme si le Pouvoir, anonyme et pourtant identifiable, évanescent et pourtant omniprésent appliquait en la découvrant une didactique en vue de cette maîtrise et de cette propriété des corps.
Foucault réussit à nous convaincre de la linéarité et de la logique de son analyse. S'il parle du bagne, c'est pour décrire ces convois qui partaient de la Capitale aux villes côtières d'embarquements comme une fête provocatrice et prophylactique évoquant la nef des fous. Le bagne, lui, est passé sous silence. Car le bagne ne correspond en rien à un processus évolutif, à une volonté de dressage éducatif. Il est là pour épuiser rapidement le corps et non pour le récupérer patiemment. Pour détruire le sujet et non pour l'éduquer. Ce qui met quand même à mal l'hypothèse d'une continuité pédagogique telle que l'envisage Foucault. C'est à mon avis la grande faille de l'ouvrage : l'oubli d'un paramètre important dans l'analyse qui la rend ployable au gré de l'auteur. Cet oubli est-il une abstraction volontaire afin d'asseoir son hypothèse ? C'est possible, car très vite, on n'entend plus que la prose charmeuse et magique qui arrive à nous convaincre de la justesse de son point de vue. On oublie, avec lui, qu'un point de vue dépend de l'endroit où l'on regarde. Il n'en demeure pas moins qu'une fois l'abstraction faite du bagne et des travaux forcés, l'analyse foucaldienne sonne juste, on regarde la mécanique démontée pièce par pièce, posée sur le sol, et on en comprend enfin les rouages. Cette analyse sonne juste, mais est-elle vraie ?

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Le Symbole perdu

Après Le Da vinci code, Anges et démons, Dan Brown remet le couvert avec Le Symbole perdu, éd. JC Lattès.
On retrouve le héros, Robert Langdon, qui affronte tous les dangers, passant même le pas de la Mort, sauvant la planète, mais pas tout seul, avec la CIA quand même....
Dan Brown respecte les règles de la tragédie : tout se joue toujours en moins de 24 heures ou presque et dans la même ville. Dans « Anges et démons » le Vatican servait de toile de fond et d’action, ici c’est la franc-maçonnerie de Washington. Donc on parle de maçonnerie, toujours en bien, bien entendu... Pour meubler le décorum en dehors de l’action on cause aussi « sciences » et on brode autour des personnages avec un amalgame de philosophie « new age » où bien sûr tout est mélangé : la Connaissance des Anciens et la Science moderne qui redécouvre le savoir ancestral avec des mots compliqués. A part ce côté philosophie « gnangnan » pour jeune fille de bonne famille, les meurtres sont beaux, le sang bien rouge, le rythme haletant, le tueur sans pitié, le suspens tient en haleine et les presque 600 pages se doivent de se dévorer en moins de 24 heures.
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Télévision

C’est sur le mode de l’entretien qu’est écrit Télévision de Jacques Lacan, éd. Du Seuil. On aurait pu s’attendre avec cet ouvrage, destiné au départ à tous les publics, à un écrit clair et abordable aux néophytes.
Il n’en est rien, s’il est un bon résumé de l’œuvre du psychanalyste, son langage reste ésotérique et s’adresse en réalité aux habitués de l’écriture du Maître. La marge est occupée par des petits schémas et des formules algébriques censées en faciliter la lecture qui noient le lecteur débutant.
Les initiés savaient déjà « qu’il n’y a pas d’Autre de l’Autre » mais quand on tombe sur un : « ...soit qu’il n’y entendait pas que j’Autrifiais l’Un... » Formule qui a une certaine saveur aux habitués, mais laisse les autres (avec un petit a) sur le cucul !
Bonne révision tout de même de la pensée du Maître, à conseiller uniquement  aux aficionados.

On y trouvera également une certaine, Mon dieu, comment dire ? –pour paraphraser le style du maître- Une certaine animosité contre le discours habituel des psychanalystes. Lacan était rancunier certes, mais il est aussi l’intellectuel de sa génération qui le plus critiqué la psychanalyse :
« - La société, - dite internationale, bien que ce soit un peu fictif, l’affaire s’étant longtemps réduite à être familiale -, je l’ai connue encore aux mains de la descendance directe et adoptive de Freud : si j’osais – mais je préviens ici que je suis juge et partie, donc partisan -, je dirai que c’est actuellement une société d’assistance mutuelle contre le discours analytique. La SAMCDA.
Sacrée SAMCDA !
Ils ne veulent donc rien savoir du discours qui les conditionne. Mais ça ne les en exclut pas : bien loin de là, puisqu’ils fonctionnent comme analystes, ce qui veut dire qu’il y a des gens qui s’analysent avec eux. 
»
Ca vaut quand même la lecture, non ?
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Trois chevaux

De la poésie avec des mots simples et rustiques pour raconter une histoire pas si simple que ça mais bien rustique. C’est ce à quoi nous invite Erri De Luca dans Trois chevaux éd. Gallimard, (coll.folio.) dans un bref roman de 140 pages aux mots comme des olives et du pain de campagne qu’on trempe dans la soupe.
La vie rustique d’un jardinier italien, lecteur de livres d’occasions, qui vit en Italie depuis son retour d’Argentine où il a fuit la dictature en se cachant aux Malouines juste un peu avant la guerre Anglo/Argentine.
Il a cinquante ans, n’attend plus rien et un beau jour apparaît une femme, aussi rustique et aussi blessée que lui.
Sur cette nouvelle et probablement dernière histoire d’amour se greffent des images de celle qui est restée en Argentine et qu’il aimait.
Poignant, simple et un langage recherché dans une sobriété poétique qui frôle le luxe descriptif :
« Le moteur qui pousse la lymphe vers le haut dans les arbres, c’est la beauté, car seule la beauté dans la nature s’oppose à la gravité. »
Forcément les lieux et l’époque où se situe l’histoire ne poussent guère à l’optimisme et l’homme ne peut pas fuir son destin écrit dans les cendres du feu :
« Je vois les piqués des oiseaux dans le creux des vagues, et même le poisson qui a toute la mer pour se cacher ne peut se sauver. »
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Trois jours chez ma mère
(Prix Goncourt 2005)

 

"Trois jours chez ma mère" de François Weyergans éd. Grasset n'est pas un livre, c'est un paradoxe. C'est snob, pédant, précieux et narcissique... et pourtant, et pourtant, c'est très plaisant à lire !
Un écrivain, au bord de la cinquantaine, se regarde exister, il doit sans arrêt remettre son dernier manuscrit à son éditeur et toucher des avances, il cite ses aventures sexuelles, les artistes qu'il aime et qui sont inconnus au pékin ordinaire, il doit aller visiter sa mère, demain il le fera, en tous cas il y songera.
Tout le bouquin se ballade sur cette idée, quand, au milieu du livre survient la page titre !
On pense alors que le roman va vraiment commencer, hé bien, non ! L'auteur continue à nous raconter ses goûts de luxe et à parler de lucre. Finalement il aboutit chez sa mère. On est un peu déçu d'arriver si vite à la fin.

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Le triomphe de la religion

Voici publiés en 2005, deux petits textes de Lacan. Jacques Lacan Le triomphe de la religion, suivi de Discours aux catholiques, éd. Du seuil. Le premier est une conférence donnée en 1960, le second est un entretien que Lacan a accordé à des journalistes italiens en 1974. Ce n'est certes pas là ce qu'on peut considérer comme le "fondement" de sa pensée, mais tant qu'à être dans le domaine du religieux, voyons grand et soyons thaumaturge. Lacan y parle de ses Ecrits de la façon suivante :
"Mes Ecrits, je ne les ai pas écrits pour qu'on les comprenne, je les ai écrits pour qu'on les lise [...] Ce que je constate par contre, c'est que même si on ne les comprend pas, ça fait quelque chose aux gens. [...] Ils n'y comprennent rien, c'est tout à fait vrai, pendant un certain temps, mais ça leur fait quelque chose."
Le pire c'est que c'est vrai ! De plus, ces deux petits textes sont écrits en langage clair et limpide, pour du Lacan, c'est assez rare...
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La tyrannie de la pénitence
(essai sur le masochisme occidental)

Ce n'est pas un livre que nous offre Pascal Bruckner avec La tyrannie de la pénitence (essai sur le masochisme occidental) mais une véritable "psychothérapie". Dans cet ouvrage de 258 pages, l'auteur s'essaie à un véritable décapage du sentiment de culpabilité de la mémoire occidentale et de son besoin, jamais rassasié, d'autodestruction.
Un essayiste qui écrit bien est assez rare, cela vaut donc la peine de le signaler, car Bruckner à le sens de la formule :
"La grande supériorité du malheur sur le bonheur, c'est qu'il procure un destin".
"Chacun de nous acquiert en naissant un portefeuille de griefs qu'il devra faire fructifier".
Bien sûr, on peut ne pas être toujours d'accord avec l'analyse de Pascal Bruckner, mais son livre a le mérite de se lire comme un polar : on est captivé, autant par l'écriture que par les propos.
Un reproche majeur que l'on peut faire à cet essai est son américanisme un peu trop admiratif, un tantinet idolâtre qui le pousse à mettre sans appel les anti-américains dans le camp des "masochistes".
"On peut le déplorer, mais partout où un peuple est opprimé et gémit dans les chaînes, partout où il endure le fardeau de la tyrannie, c'est encore vers l'Amérique qu'il se tourne et non vers l'Europe".
On pense tout de suite à l'Irak qui découvre la démocratie grâce à l'Oncle Sam, on connaît le résultat.
Même s'il s'essaie à la fin de son ouvrage à une analyse comparative de l'Europe et de l'Amérique qui sonne juste :
"L'Europe moderne s'est construite contre l'Eglise, les Etats-Unis avec les églises"
cet essai pêche par parti pris. Mais on accordera à ce parti pris le titre de péché véniel et l'absoute lui sera donnée sans difficulté grâce à ses bonnes résolutions.

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Un homme obscur

Avec Yourcenar la vie de quiconque devient toujours la vie de quelqu'un. L'histoire de Nathanaël, un homme presque ordinaire laisse transparaitre les petites vérités qui arrivent à la conscience de chaque homme, mais que peu parviennent à formuler, les pauvres en train de "sentir" l'argent des maitres : "Mais dans cette riche maison, l'argent semblait se renouveller et s'engendrer de soi-même : on n'en entendait même pas le discret tintement". Petites ou grandes vérités sur l'argent, petites vérités sur l'amour aussi "...il n'avait plus pour elle que l'appétit banal qu'on a pour toute belle fille, et cette politesse du lit, qui fait qu'en compagnie on mange un peu plus que ce qu'on ne voudrait, ou au contraire un peu moins". éd. Gallimard.
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Un psychanalyste sur le divan

 

Il y a manifestement tromperie sur la marchandise avec "Un psychanalyste sur le divan" de J.D. Nasio, éd. Payot.
Avec un pareil titre le lecteur est en droit de s'attendre à ce que l'auteur raconte son parcours d'analyste ou du moins ce qui l'y a conduit. Nenni point. Mais, pour compenser cette frustration, en première de couverture une photo où l'auteur prend la pose avec un air "intelligent" et "compréhensif".
La photo ne trompe pas : ce n'est pas un homme qui s'interroge sur l'Inconscient, mais un sujet qui sait, prêt à donner son savoir au "patient". Le livre est construit sous forme de questions/réponses -généralement stupides- du type : "Comment définir l'amitié ?" et le psychanalyste nous donne son avis sur presque tout...
On pensait lire un "lacanien" et on batifole dans les pages psychologie d'un magazine féminin ou la platitude cède parfois sa place à la "poubellisation" de la psychanalyse comme l'appelait Lacan.
En ce qui concerne la lucidité de l'auteur sur les fondateurs de la psychanalyse nous sommes vite édifiés : l'idolâtrie tient lieu de connaissance :

"Freud et Lacan sont à proprement parler des hommes de foi, car pour frayer leur chemin, il leur a fallu un élan que seul le désir de se surpasser peut insuffler. Mais entendons-nous bien, la réussite n'a jamais été leur dessein..." Page 186.

Un peu de biographie ne fait de mal à personne, certes il y a eu un Lacan totalement désintéressé, Jean-François, qui rentra dans les Ordres, mais son frère, Jacques-Marie, le psychanalyste, était loin de cracher sur la "réussite". Quant à Freud, même ses hagiographes reconnaissent son ambition quasi paranoïaque.

L'auteur s'essaie à la vulgarisation des concepts lacaniens, ce qu'il avait très bien réussi dans un ouvrage précédent (Cinq leçons sur la théorie de Jacques Lacan, éd. Payot). Ici par contre la simplification a un goût de simplisme et J.D Nasio ne parvient pas du tout à faire comprendre aux lecteurs potentiels ce qu'est vraiment l'objet petit a. A la fin de son numéro de contorsionniste de l'inconscient c'est le "charme" de l'être aimé qui fini par être l'objet petit a !

En guise de "psychanalyste sur le divan", on y apprend tout de même, à la fin de l'ouvrage, que l'auteur est le fils d'un gastro-entérologue argentin qui emmenait sa progéniture assister à ses consultations hospitalières à l'âge de douze ans dont des œsophagoscopies -intubations pénibles- et l'auteur réconfortait déjà les malades, d'où sa vocation de psychanalyste !
On pourrait dans une interprétation cavalière constater que ce que les patients du père avalaient, les patients du fils le ressortent par la parole, la bouche est libérée ! Le fils devint donc médecin puis psychiatre et psychanalyste et rencontra Lacan sans devenir son "patient". Car Nasio ne parle pas d'analystes ou d'analysants, mais de "patients", terme médical pour une analyse médicalisée.
Nasio, se fait interroger sur ses "recherches" en psychanalyse :

" -Et sur quoi portent actuellement vos propres recherches ?
-Je tiens tout spécialement à une proposition avancée en 1978, mais qui reste toujours ouverte au débat, celle d'un inconscient événementiel, produit et unique. Qu'est-ce que ça signifie ? D'abord, que l'inconscient n'existe pas à tout instant ; il n'apparaît qu'à des moments privilégiés, des moments de la cure.... "
P.175.

On se demande bien ce qu'est la "recherche" en psychanalyse, mais enfin tous les analystes doivent être "en recherche", puisque l'inconscient, comme le disait Lacan, effectivement, s'ouvre parfois comme une nase et que des fois, "y'a'd'ça !"
L'auteur n'est pas que psychanalyste : il "soigne" des couples et des enfants qu'il prend en analyse, de la doltomania à la petite semaine :

" -Toujours à propos des enfants. Pour quels problèmes vous consulte-t-on généralement ?
-C'est très variable [... ] les retards scolaires, les phobies, les troubles du sommeil et de l'alimentation, l'énurésie ainsi que les comportements agressifs et colériques."

On ne peut que faire le rapprochement avec Clavreul pour en mesurer l'éloignement :

"Il est devenu banal de penser qu'il faut conduire l'enfant chez le psychologue ou le psychanalyste lorsqu'il fait pipi au lit, lorsqu'il fait des colères, ou s'il n'est pas gentil avec sa petite sœur."
Clavreul

JD Nasio fait suivre une "vignette" où un gosse était battu par ses copains, il fallait le changer d'école, mais il a pris le gamin en "analyse" pendant six mois ! La cure se termina lors d'un dessin révélateur....
Tout n'est pourtant pas à jeter dans ce petit opuscule écrit à la va-vite, à la page 108 et suivantes, l'auteur parle avec intelligence de la pulsion de mort. A réserver aux amateurs et aux inconditionnels.

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Le village de l’Allemand

Grand prix RTL Lire 2008
Grand prix SGDL du roman 2008

L’ouvrage porte en sous-titre « Le journal des frères Schiller ». Ce sont deux journaux intimes croisés que nous offre Boualem Sansal dans Le Village de l’Allemand, éd. Gallimard. Et ces journaux intimes ne sont pas n’importe lesquels : ils sont ceux de deux frères franco-algéro-allemand qui vivent en cité ou à côté.
Un a réussi et travaille pour une multinationale, l’autre zone dans la cité. Ce qui va donner lieu à la rédaction de ces journaux, c’est la mort de leur père encore en Algérie et assassiné par le GIA. L’ainé va découvrir que ce père est un ancien SS qui œuvrait dans les camps d’exterminations. Le journal de l’ainé s’étaye autour de la culpabilité que ressent le fils vis-à-vis des actions du père et ces actions le conduisent au suicide. C’est le journal de la désespérante lucidité politique et psychologique : « J’étais partout et de nulle part, tout se ressemble, le tsunami de la mondialisation a gommé nos héritages, effacé nos traits intimes on ne reconnaît ni les siens ni les autres. »  
Le second journal, celui du puîné est bien plus radical, il est surtout un avertissement épistolaire contre l’islamisme qui s’implante en banlieue. Les phrases y sont percutantes, militantes :
« Est-ce que des choses comme ça peuvent se reproduire ? Je me dis que c’est impossible mais quand je vois ce que les islamistes font chez nous et ailleurs, je me dis qu’ils dépasseront les nazis si un jour ils ont le pouvoir. »
Ou encore, en quatrième de couverture :
« A ce train, la cité sera bientôt une république islamique parfaitement constituée. Vous devrez alors lui faire la guerre si vous voulez la contenir dans ses frontières actuelles.»
Le tout en 300 pages d’une écriture parfaite, accrocheuse et basée sur une histoire authentique. Il faut un certain courage pour écrire sur le sujet, l’auteur sait ce qu’il risque. Haut fonctionnaire au Ministère de l’Industrie Algérien jusqu’en 2003, il a été limogé en raison de ses écrits et de ses prises de positions.
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Le Voyage d’hiver

Le voyage d’hiver éd. Albin Michel, d’Amélie Nothomb est du Nothomb à l’état pur : des personnages improbables, plus archétypiques que des personnages de chair. Une intrigue tout aussi improbable, des situations peu plausibles et il faut articuler tout ça dans un peu probable réel. Exercice difficile, pas toujours réussi.
Mais des jolies phrases, de jolis mots. : « Eprouver l’amour est déjà un tel triomphe que l’on pourrait se demander pourquoi on veut davantage» Un superbe clin d’œil au lecteur, en forme d’humour à la page 39 : « J’appréciais par ailleurs qu’il n’y ait pas de photo de l’auteur sur la jaquette, en cette époque où l’on échappe de moins en moins à la bobine de l’écrivain en gros plan sur la couverture. » Bien évidemment la photo de Nothomb prise par Harcourt illustre la première de couverture. 130 pages de plaisir, certes pas inoubliable, mais il faut savoir se faire plaisir avec des bricoles.

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Weygand

Voilà un gros pavé biographique de plus de 800 pages que nous présente Bertrand Destremau avec Weygand, aux éditions Perrin.
Né dans des circonstances aussi mystérieuses que rocambolesques, le général Weygand a traversé toute la IIIe  République, c’est peut-être pour ça qu’il n’aimait pas les politiciens... Il devait même les détester un peu trop, c’est la raison pour laquelle dans ses dépositions de procès il ne chargea jamais ses pairs, les militaires, pour réserver ses philippiques aux politiques. D’autres militaires ne se sont pas privés de le charger.
L’ouvrage est fort sérieux, évidemment très bien documenté et de plus, agréable à lire !
Weygand fut rappelé d’urgence par Raynaud en 1940 – qui rappela également Pétain – car le Président du Conseil pensait qu’avec ces deux « seniors » (73 et 84 ans) les miracles de Verdun et de la Marne allaient se renouveler. Mais casser le thermomètre n’a jamais fait tomber la fièvre.

Les conflits de personnes qui opposèrent le généralissime, (Raynaud, Darlan, de Gaulle, Laval...), sont étudiés avec soins, détaillés autant que cela se peut, et analysés scrupuleusement.
On pourrait peut-être reprocher à cette bio, mais n’est-ce pas le défaut de toutes les biographies d’être un peu trop hagiographique ? Si on lit pourtant à travers les lignes on s’apercevra qu’il n’est pas étonnant que Weygand ait pu paraître un personnage sec, cassant et orgueilleux. Un officier qui se présentait toujours tiré à quatre épingles et qui n’aimait pas les gens « mal mis » alors que certains parlementaires (pas tous !) dormaient un peu au petit bonheur la chance durant la débacle.
Quoi qu’il en soit du personnage, on le découvre avec plaisir durant sa longue vie (il mourut à sa table de travail à 98 ans !) La période de la guerre de 40 reste évidemment la partie la plus intéressante de cette vie bien remplie : rappelé et nommé généralissime, il fut après l’armistice une courte période ministre du gouvernement de Vichy, puis expédié en Afrique afin qu’il dérangea le moins possible. Arrêté par la gestapo en 42 il resta prisonnier des allemands jusqu’à la Libération, pour se retrouver ensuite dans les geôles françaises. Avec de Gaulle et les communistes au pouvoir, rien d’étonnant à cela...
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Zone

Epoustouflant, c’est banal, mais je n’ai pas d’autres mots pour parler de Zone, un roman de Mathias Énard, paru chez Actes sud. On s’installe dans le train à côté d’un type aux cent identités différentes et qui sent l’alcool. Le train se rend de Milan à Rome. Cet étrange passager se rend au Vatican pour y vendre une valise contenant des indications sur pas mal de crapules et criminels de guerre du siècle dernier. On pénètre son cerveau et ses souvenirs à moins que ce ne soit lui qui pénétre le nôtre, dans l'état hypnotique que procure les balancements d'un train à la tombée de la nuit, on ne sait jamais... Engagé dans l'armée croate, le passager s'est battu dans l'ex-Yougoslavie et même un peu plus que battu...
En prénétrant son cerveau et ses souvenirs c'est à une véritable plongée en "cinémascope" dans l’horreur des massacres qui eurent lieu dans les Balkans, en Europe de l’Est et autour de la Grande Bleue au siècle dernier. On croise des romanciers, des artistes, des SS, dans un véritable traité d’histoire de cette partie du monde. « L’Histoire est un livre de bêtes féroces, avec des loups à chaque page » Voilà, la couleur est annoncée, le ton n’est pas à l’optimisme. Il faudrait, pour bien faire, et ne pas perdre une miette de la leçon d'histoire lire avec "wikipédia" ouvert à côté. Car les Balkans ce n'est pas une guerre ou deux ou trois, mais des dizaines... Mais bon on peut aussi se laisser emporter par la plume, hélas pour ma culture ce fut mon cas.
Il existe une passerelle entre Zone et Les Bienveillantes, en effet, ce que nous disait Jonathan Littell au début de son ouvrage "Ce que j'ai fait, vous aussi auriez pu le faire" en parlant des pires atrocités, Enard vient nous le confirmer.
N'importe lequel d'entre-nous, soumis à la peur, à l'exemple, à l'ambiance peut devenir un bourreau en faisant fi de sa petite morale personnelle et de sa petite conscience confortable en temps de paix. Dans les Bienveillantes, chaque exterminateur, chaque bourreau fait son travail honnêtement, en conscience. C'est ce qui fait peut-être la différence avec les autres guerres : une programmation administrative de l'horreur et de l'extermination vécue à l'arrière du front.
Pour la génération des plus de cinquante ans, la barbarie avait laissé son manteau au vestiaire à la fin de la guerre de 39-45, aux maquisards trainés à l'arrière d'un camion, aux baignoires.... He bien non ! ce n'est pas fini, ce ne sera jamais fini. Dès qu'il y a guerre il a bourreaux et exterminateurs. Si encore les exterminateurs se contentaient d'une balle dans la tête, mais non les armes d'exterminations sont nombreuses, variées et improvisés : à la massue, au couteau, au marteau, au gaz, bien souvent après la petite cuillère qui a servi à l'énucléation. Depuis les murs de Troie, le massacre ne cesse pas, ne cessera jamais. Achille est devenu fou, à la guerre les hommes deviennent-ils fous ou font-ils la guerre parce qu'ils sont fous ? L'éternelle question reste sans réponse.
Comme l’auteur est une plume, l’ouvrage est à déconseiller aux âmes sensibles. Autre particularité de ce livre de plus de 500 pages : il n’y a pas un seul point, un chapitre égale une phrase, parfois les phrases font plus de 50 pages, ce n’est pas gênant pour la lecture.
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